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Octobre pluvieux ? 2e partie
mercredi 23 septembre 2026, par
– L’exploration d’autres modèles ne permettent pas de trancher sur la prévision des pluies
– Un nouveau paramètre est introduit
– La conclusion partielle va-t-elle répondre à la question posée initialement ?
Cet article fait suite à Octobre pluvieux ? 1re partie dont la lecture permet de mieux comprendre cette seconde partie.
J’évoquais les annonces récentes sur certains sites de la fin de la sécheresse / d’un mois d’octobre pluvieux. J’abordais plusieurs modèles numériques de prévisions saisonnières en présentant leurs dernières simulations pour octobre. Si le maintien de températures anormalement chaudes faisait consensus, la nuance s’établissant sur l’intensité, la pluviométrie était volatile d’un modèle à l’autre.
Je rappelais que les prévisions saisonnières demeurent des tendances lissées à minima sur le mois sinon la saison et qu’elles étaient incapables de prévoir le temps local à une date précise. Enfin, ces modèles sont la voie la plus simple mais aussi la plus traître pour élaborer des prévisions.L’analyse doit tenir compte des effests d’échelle spatiale et temporelle et ne surtout pas s’arrêter à un délimitation précise.
Dans cet article, je continue d’explorer d’autres modèles numériques et ouvre vers d’autres paramètres pouvant apporter une plus-value à l’analyse.
Une troisième partie est prévue.
Cette série n’est en aucun cas un « tuto » et encore moins un « cours » (!). Ce serait plutôt un voyage introductif à la prévision saisonnière, histoire d’éveiller la curiosité et, peut-être, de se coucher moins bête, si cette expression familière m’est permise.
- Le modèle CFSv2
Ce modèle saisonnier est développé et produit par le NCEP, une branche du NWS (États-Unis d’Amérique).
En haut à gauche, la hauteur du géopotentiel (GH) à 500 hPa (niveau moyen de la troposphère aux alentours de 5000-5500 m en général).
En haut à droite, la pression atmosphérique réduite au niveau de la mer (MSLP).
En bas à gauche, les précipitations moyennes ramenées à une échelle journalière (TP).
En bas à droite, les températures à 850 hPa, soit environ 1500 m (T).
GH propose une configuration proche de celle du modèle de Météo-France (cf la première partie) : un col [4] entre deux secteurs anticycloniques, l’un centré entre Açores et Canaries, le second sur l’ouest de l’Asie et deux secteurs dépressionnaires centrés entre Islande et Norvège pour l’un, en Méditerranée centrale pour l’autre.
On constate que les anomalies positives (en orange-rouge-marron) montent davantage en latitude sur ce modèle que sur celui de son homologue de Météo-France. Les vents? océaniques domineraient toujours mais avec une composante anticyclonique plus forte.
La carte MSLP placerait les basses pressions plus au nord, sur la Scandinavie, et plus à l’est, sur l’Europe centrale et orientale alors que l’anomalie négative est affaiblie sur le sud-ouest de l’Europe, dont la France, suggérant un champ de pression plus élevé.
Logiquement, la carte TP présente un déficit des pluies sur le sud, plus anticyclonique et en Méditerranée en raison de l’anomalie relative en Méditerranée centrale.
Les anomalies positives des températures subsistent, autour de 1 à 1,5°C.
- Le modèle GloSEA 6.2
Ce modèle saisonnier est développé et produit par le United Kingdom Met Office (UKMO).
Le modèle britannique prend une autre tournure et se rapproche de celle du modèle italien (cf la première partie).
GH simule deux anomalies négatives plutôt incisives, l’une entre Açores et Groenland, l’autre sur le Proche-Orient. Une vaste anomalie positive recouvre l’Europe continentale.
Le caractère fortement anticyclonique se confirme sur la carte MSLP. Les vents seraient d’est à sud-est, apportant un air sec (vent d’est avec traversant peu d’étendues marines) sur une grande partie de l’Europe et des pluies autour de la Méditerranée.
La masse d’air resterait globalement anormalement chaude.
- Le modèle ACCESS-S3
Le voyage continue avec ce modèle développé et produit par le Bureau de la Météorologie australienne (BOM). La mise à jour du modèle australien est bihebdomadaire.
En bas, les anomalies du rayonnement sortant ondes longues.
La carte du haut est similaire aux MSLP précédente. Sur l’Europe, l’anomalie est neutre. Ailleurs, sur l’Atlantique et la Méditerranée notamment, elle est négative. Climatologiquement, l’Atlantique nord est plutôt dépressionnaire (cf 1re partie). Une anomalie négative tend à renforcer ce caractère. La situation sur l’Europe tendrait donc à être relativement anticyclonique.
Ainsi, le mois resterait globalement sec.
La carte du bas est la carte OLR (Outgoing longwave radiation) : il s’agit du rayonnement émis par la Terre vers l’espace.
En effet, la Terre reçoit un rayonnement électromagnétique en ondes courtes pour l’essentiel (lumière visible et ultraviolette) en provenance du Soleil. Ce rayonnement réchauffe autant la planète que notre peau.
Cette élévation de température, avec ou sans réchauffement anthropique, gaz à effets de serre, aérosols, etc, génère une émission d’un rayonnement électromagnétique ondes longues depuis la surface vers l’espace. Il se situe pour la plus grande part, dans l’infrarouge. Ce rayonnement refroidit la planète (refroidissement dit radiatif). Ce rayonnement est dû à la chaleur accumulée composée par celle issue du rayonnement ondes courtes solaires et celle issue de la chaleur interne de la terre (chaleur résiduelle de sa formation, désintégration radioactive, etc dans les couches internes de la planète).
La somme des deux, un signe + et un signe -, donne la bilan radiatif proche de zéro au niveau planétaire.
Régionalement, un déséquilibre peut se rencontrer en fonction par exemple d’une situation météo.
Nous l’avons tous constaté : les températures baissent fortement lors d’une nuit d’hiver calme et claire. Le rayonnement ondes longues est peu contrarié dans sa trajectoire vers l’espace [5].
Certains aérosols (sables, poussières, cendres...), certaines molécules présentent dans l’atmosphère absorbent et réémettent dans plusieurs directions ce rayonnement ondes longues. Ainsi, au lieu de s’évacuer directement en ligne droite vers le cosmos, une partie va être comme réfléchie dans l’atmosphère, une autre va retourner vers le sol et seule une fraction ± importante sera évacuée dans l’espace.
L’une de ces molécules qui « piègent » le rayonnement thermique de la Terre est l’eau. La présence de nuages, qui plus est épais, va limiter cette évacuation. Piégé, air et sol se refroidissent moins.
À l’inverse, lors d’une nuit claire, la faible concentration en eau de l’atmosphère permet une évacuation plus efficace ; la température baisse fortement.
Un principe similaire régit le rayonnement ondes courtes du Soleil. Sans nuage, il atteint la surface et la réchauffe fortement. Lorsque la nébulosité est importante, la hausse du thermomètre est réduite, le rayonnement étant réfléchi pour une bonne part vers l’espace par les sommets des nuages.
Ainsi, lorsque le temps est relativement calme et durablement couvert, les amplitudes thermiques diurnes diminuent :les nuits s’adoucissent, les journées se refroidissent. À l’opposé lors le temps reste dégagé, ces amplitudes augmentent : plus froid la nuit, plus chaud le jour.
Lorsque l’anomalie OLR est positive, comme c’est le cas sur cette simulation au-dessus de l’Europe, le rayonnement ondes longues s’évacue « mieux ». Cela suggère une couverture nuageuse moindre, des précipitations moins fréquentes, des écarts de températures entre le jour et la nuit plus importants. Cela peut suggérer aussi une quantité d’humidité dans l’air plus faible, ce qui rejoint in fine ce qui précède.
Les cartes ne sont pas montrées, cependant elles indiquent des anomalies thermiques fortement positives et une sécheresse persistante. La carte OLR fournit cependant des indications supplémentaires [6].
- Conclusion ?
La prévision n’est pas tranchée. Il continuera à faire anormalement chaud, peut-être très chaud, l’incertitude serait à ce niveau. Mais pour les précipitations, les simulations se télescopent et chacun pourra trouver les arguments qui l’intéressent.
C’est pourquoi la prévision saisonnière se construit autour de tendances à échelle continentale ou sous-continentale. À une échelle nationale, le pronostic devient extrêmement risqué.
Cette construit s’érige par une synthèse, par la position du mois dans l’année et par quelques connaissances en climatologie et en météorologie.
Ce voyage n’est probablement pas simple pour tout le monde. Il ne fait toutefois pas appel à des notions complexes, plutôt des représentations simples : mouvements des vents autour d’une dépression et d’un anticyclone, dépression d’Islande et anticyclone des Açores, temps perturbé avec une dépression, temps calme avec un anticyclone et c’est à peu près tout ce qui est appliqué aux cartes présentées.
L’OLR est plus complexe, pour cela que je ne l’expose qu’une fois en dernier. Même là, cela ne me semble pas trop sorcier.
Le voyage continuera donc dans la 3e partie où les modèles numériques seront oubliés !
- Annexes
Tous les modèles sont évalués en permanence et confrontés aux observations le moment venu.
Ils sont également calculés pour des situations passées : voir si leurs prévisions à partir des mois précédents concordent avec ce qui fut observé.
Le score est correct sur le proche-Atlantique (valeurs entre 0.7 et 1) mais neutre (n’apporte pas d’informations) sur l’Europe du nord et la Sibérie (valeurs inférieures à 0.5). Ces scores sont une indication des scores moyens sur la période 1993-2016. Une année seule peut avoir des scores très différents. Ceux-ci fournissent une évaluation qui ne doit pas être prise stricto sensu mais replacer dans le contexte de l’analyse.
Les simulations à partir de septembre pour octobre sont souvent bonnes sur le proche-Atlantique, cela ne traduit pas si la simulation de 2026 sera bonne.
Le bilan thermique de la Terre, à son échelle, est généralement très proche de la neutralité : elle gagne autant d’énergie du Soleil qu’elle n’en perd dans l’espace.
En effet, lorsque la température augmente par accroissement du rayonnement solaire, le rayonnement terrestre augmentera lui aussi. Physiquement, plus un corps est chaud, plus son rayonnement émis est énergétique, et inversement.
Cependant, la Terre ne se régule pas à la seconde, ni à la journée, ni même à l’année. Le différentiel inertiel entre les océans et les continents, entre autres, accentue le déséquilibre apporté par le réchauffement anthropique. Le rééquilibrage est lent alors que les sources de déséquilibre ne cessent de croître.
[1] Comme en montagne où un col est un point entre deux sommets et deux vallées plus ou moins marqués, en météorologie, un col est une zone entre deux hauts et deux bas géopotentiels, formant respectivement deux crêtes et deux vallées dans l’atmosphère, ici à une altitude d’environ 5 000 m.
[2] La température est une grandeur physique qui peut avoir plusieurs définitions : degré d’agitations des atomes ou des molécules, transferts thermiques d’un objet à un autre, ou encore par l’entropie d’un système. Dans tous les cas, le rayonnement émis implique une perte d’énergie thermique de la Terre. La température baisse. Lorsque ce rayonnement atteint la Lune par exemple, il la réchauffe très légèrement sur sa partie éclairée par la Terre.
[3] L’OLR est aussi très utilisé dans la météo des régions tropicales et équatoriales et pour diagnostiquer de nombreuses évolutions à grande échelle (MJO, ENSO, ondes de Kelvin...)
[4] Comme en montagne où un col est un point entre deux sommets et deux vallées plus ou moins marqués, en météorologie, un col est une zone entre deux hauts et deux bas géopotentiels, formant respectivement deux crêtes et deux vallées dans l’atmosphère, ici à une altitude d’environ 5 000 m.
[5] La température est une grandeur physique qui peut avoir plusieurs définitions : degré d’agitations des atomes ou des molécules, transferts thermiques d’un objet à un autre, ou encore par l’entropie d’un système. Dans tous les cas, le rayonnement émis implique une perte d’énergie thermique de la Terre. La température baisse. Lorsque ce rayonnement atteint la Lune par exemple, il la réchauffe très légèrement sur sa partie éclairée par la Terre.
[6] L’OLR est aussi très utilisé dans la météo des régions tropicales et équatoriales et pour diagnostiquer de nombreuses évolutions à grande échelle (MJO, ENSO, ondes de Kelvin...)
