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La prévision saisonnière ? Qu’es aco ?
samedi 29 août 2026, par
La prévision saisonnière ? Qu’es aco ?
La prévision saisonnière s’éloigne de la prévision météo classique sur de nombreux points.
Dans un premier temps, j’invite lecteurs et lectrices à lire la page dédiée du site de Météo-France et, plus particulièrement, vers le milieu de la page tout ce qui suit « Peut-on vraiment connaître le temps pour la saison prochaine ? ».
Météo-France possède une mission de service public. Il publie chaque mois un bulletin grand public pour les trois à venir, celui proposé en lien ci-dessus (le lien est mis automatiquement à jour à chaque publication). Des bulletins plus circonstanciés sont émis pour les clients concernés (secteur de la santé, de l’agriculture, de l’énergie, etc).
La prévision saisonnière s’étend en général de un à deux mois jusqu’à six voire neuf mois.
On y inclut généralement les prévisions sous-saisonnières de deux à six semaines.
Il est important de considérer les prévisions saisonnières en modifiant son point de vue. Le changement d’échelle est primordial, autrement la prévision ne sera pas comprise et sera systématiquement dépréciée comme erronée ou inutile. Une prévision peut bien sûr être erronée mais si elle l’est systématiquement, il y a un problème quelque part.
La facilité favorise le choix de l’erreur dans la prévision : « ils se trompent tout le temps, ça sert à rien de regarder ! ». C’est parfois vrai, c’est souvent l’interprétation et la mémoire sélective de l’usager(!) qui est en cause.
Une analogie simple
Tous les ans, Bison Futé élabore des prévisions du trafic.
Elles se basent sur des deux groupes d’éléments :
– le calendrier (vacances scolaires, jour de la semaine des 31 juillet et 1er août, etc) et les grands évènements dont les dates sont connus (tels les JO de Paris en 2024).
– l’expérience des années précédentes.
En combinant les deux, l’intensité du trafic routier se prévoit dans les grandes lignes. Ainsi, l’A7 serait bouchée le samedi le plus proche de la bascule entre juillet et août mais la prévision sera incapable de dire que le premier bouchon commencera à 8h47 au km 63 ! Les inconnues sont trop nombreuses pour obtenir une telle précision.
Comment sont-elles établies ?
La prévision saisonnière est donc une affaire de tendances basée sur des probabilités d’anomalies (plus chaud que ..., moins pluvieux que...). Celles-ci sont lissées géographiquement (grande échelle spatiale) et sur la durée (longue échelle temporelle) par rapport aux prévisions usuelles.
Ce n’est donc pas une prévision précise au jour le jour mais une tendance moyennée sur une période donnée : en août, la température moyenne à 75% de chances d’être dans le quintile supérieur de la climatologie (du lieu à cette date).
Tercile indique une division par 3, décile, une division par 10. La plupart du temps, le terme générique « quantile » (pour quantité) est employé suivi d’une nombre compris entre 0 et 100 (division par 100 de la distribution). Ainsi, le quintile 1 correspond au Q20 : un quintile étant une division par 5 de la distribution, en prenant arbitrairement 100 parts égales, on obtient bien les 20 parts les plus basses. Le quintile 2 est égal au Q40 (100 / 5 = 20 * 2 = 40), etc.
Dans l’exemple, le quintile supérieur correspond donc aux 20% des valeurs les plus hautes de la climatologie de référence, la prévision évalue à 75% de chances d’être dans cette tranche.
Des climatologies ?
La notion de climatologie de référence est importante. Ça peut paraître paradoxal de prime abord mais les climatologies possibles sont nombreuses.
Par définition, une climatologie (différent de la science du climat) est une série de valeurs (au sens large) sur une période suffisamment longue pour rassembler un panel de valeurs représentatives du climat du lieu considéré. Conventionnellement fixée à 30 ans, cette période peut varier entre 20 et 50 ans en général, selon l’institut qui la publie.
Le lieu est également très variable. On peut très bien travailler sur la climatologie de la Terre dans son ensemble, de l’Europe, de la France (avec ou sans l’outre-mer), d’une ville, d’une station ou de plusieurs stations d’observations, etc. Le choix est large. Suivant le lieu, la génération d’une climato ne va pas être la même.
– Par exemple, la climatologie d’une station d’observation est simple si sa période de fonctionnement est assez longue. Il suffira d’ajuster la période de prise en compte des données, par défaut à 30 ans.
– Pour un pays comme la France, il est nécessaire d’établir des stations représentatives pour éviter une sous/sur représentation de certains secteurs moins/plus fournis en stations que d’autres [4].
– Pour la Terre, c’est plus compliqué : les zones sans valeurs (en plein océan, dans des déserts froids et chauds, les pays moins dotés) sont légions. Et les stations peuvent aussi avoir des coupures dans leurs séries de données : destruction accidentelle de l’appareil de mesure, guerre, période de maintenance, etc. Dans ce cas, les réanalyses numériques sont généralement utilisées [5].
Logiquement, les prévisions saisonnières brutes étant essentiellement basées sur des anomalies par rapport à une climatologie, il est courant d’avoir des différences. L’analyse humaine est donc importante pour restituer une prévision.
Enfin, la prévision saisonnière reste un sujet d’études et d’expérimentations. Son pouvoir prédictif est faible, modéré au mieux. Elle est néanmoins une excellente base d’apprentissage.
Des indices de très basses fréquences
État des calottes glaciaires, inertie des masses océaniques, températures des océans dont l’ENSO [6], les éruptions volcaniques majeures récentes, les nuages près des zones équatoriales, les quantités de vapeur d’eau, etc sont autant d’éléments pouvant influer sur les prévisions saisonnières.
Des modèles numériques
Des modèles numériques saisonniers modélisent les évolutions de l’atmosphère. Ils sont conçus pour s’adapter à cet objectif. Plus encore que les modèles court et moyen termes, ceux-ci font l’objet d’études et de recherches poussées de par le monde.
Leurs sorties brutes sont une base, une aide indispensable pour essayer de comprendre l’état et les mouvements futurs de l’atmosphère.
Pour ma part, j’essaie d’élaborer les scénarios plausibles et de justifier ces résultats. C’est un travail amateur, fruit de mon expérience, des lectures scientifiques et des échanges au fil du temps. Je ne prétends aucunement avoir la science infuse ni d’affirmer que mes prévisions sont plus fiables que d’autres. L’intérêt principal est de continuer à apprendre, de partager et d’échanger le cas échéant.
[1] C’est pourquoi plusieurs organismes publics ou privés déploient des stations de mesure pour répondre à leurs besoins. Infoclimat y participe également en maillant la France d’un réseau de stations semi-professionnelles désormais reconnu : StatIC, dont les données sont publiquement disponibles.
[2] Il en existe de nombreuses, avec des spécificités de conception ou d’implémentation. J’utilise ERA5 ou CERRA : https://climate.copernicus.eu/climate-reanalysis
[4] C’est pourquoi plusieurs organismes publics ou privés déploient des stations de mesure pour répondre à leurs besoins. Infoclimat y participe également en maillant la France d’un réseau de stations semi-professionnelles désormais reconnu : StatIC, dont les données sont publiquement disponibles.
[5] Il en existe de nombreuses, avec des spécificités de conception ou d’implémentation. J’utilise ERA5 ou CERRA : https://climate.copernicus.eu/climate-reanalysis
