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Vers une 4e canicule ?
dimanche 26 juillet 2026, par
La quatrième canicule de l’année semble malheureusement acquise. Si j’essaierai d’en définir les contours, je tenterai au début d’expliquer la situation météorologique qui en est responsable.
Avant tout, ce nouvel épisode démontre-t-il, si cela était besoin, le réchauffement climatique actuel ? Ce réchauffement étant solidement et scientifiquement décrit, il n’est plus besoin de le démontrer. La question pourrait être son implication dans la récurrence actuelle et dans les intensités des canicules 2026.
Le réchauffement climatique étant un tout affectant la globalité de la planète, il agit forcément. La réponse à la question est surtout statistique : les épisodes caniculaires seront plus nombreux et plus intenses sans qu’une valeur puisse être donnée sur le nombre de degrés supplémentaires pour chaque canicule. Le réchauffement climatique peut même limiter régionalement et temporairement un tel épisode, même si cela peut sembler paradoxal (un excédent thermique global autorise un faible déficit thermique local et temporaire).
Des réanalyses et des simulations existent selon un environnement avec ou sans réchauffement climatique sur une situation observée, afin d’estimer la part du réchauffement climatique à la fois dans la survenue et dans l’intensité d’ un évènement. Peut-être une équipe scientifique se penchera sur ces canicules à répétition de l’année 2026...
Quelle est la configuration prévue ?
De manière évidente, une canicule exige une masse d’air subtropical, donc une advection d’air venant du sud.
La géographie impose deux trajectoires possibles : l’une issue de l’océan Atlantique, la seconde du continent africain.
L’air chaud originaire du Sahara est typiquement très chaud et très sec. Lorsque des conditions anormalement anticycloniques se développent sur la Méditerranée [5], l’air saharien (subtropical continental) tend à gagner d’abord le sud-ouest de l’Europe puis une grande partie du continent européen (en rouge ci-dessus).
La canicule est souvent intense sans caractère orageux.
Lorsque des conditions anormalement dépressionnaires s’installent vers l’archipel des Açores [6], l’air subtropical issu des régions entre Açores, Cap-Vert et Canaries s’installent d’abord sur le sud-ouest puis la façade ouest de l’Europe. Cet air est initialement chaud et humide.
La canicule peut s’intensifier en entrant dans le continent, avec des salves orageuses ne terminant pas l’épisode (en orange). Plus localement pour la France, la chaleur la plus intense peut se trouver du sud-ouest au centre-est alors que le nord-ouest est moins impacté.
L’atmosphère ne suivant pas des chemins rigides, ces deux configurations peuvent se mixer : décalage de D vers l’est ou de A vers l’ouest par exemple, asséchant ou humidifiant la masse d’air. C’est d’ailleurs le cas le plus courant.
D’autres phénomènes participent à la modulation des vagues de chaleur : subsidences?, humidité des sols, couverture nuageuse, présence d’aérosols, foehn,...
En juin par exemple, nous avions eu la convergence des deux configurations, d’abord avec une première phase continentale puis une seconde océanisée [7]
Pour cette 31e semaine de l’année, le modèle d’ensemble GEFS du jour prévoit, lissée sur la semaine, les éléments suivants :
La climatologie de la période entre le 27 juillet et le 2 août montre les conditions anticycloniques modérées sur la Méditerranée occidentale et une faiblesse relative près du Portugal.
Dans ce qui est prévu pour la semaine, ce sont des conditions fortement anticycloniques en méditerranée et s’étendant à l’ensemble du sud de l’Europe et un thalweg prononcé vers les Açores.
Tel quel, nous serions dans une configuration d’advections subtropicales majoritairement océanique.
La climatologie reflète un courant zonal océanique sur la majeure partie de l’Europe, proposant des températures chaudes sans excès avec un dégradé nord - sud. Le Maghreb et la Méditerranée sont soumis à un vent? de sud-ouest apportant une chaleur modérée.
Pour ce qui est prévu, le courant zonal océanique habituel se positionne loin vers le nord, sur le Royaume-Uni. Plus au sud, c’est un fort courant de sud-ouest issu des Canaries et du Cap-Vert qui domine sur un large portion sud de l’Europe.
L’advection d’une masse d’air plus humide se perçoit.
L’hypothèse formulée depuis la carte précédente se confirme.
Un autre modèle opterait-il pour cette configuration ?
Le modèle du consortium européen ECMWF propose une configuration similaire.
Sur cette carte, deux éléments se détachent :
1- La climatologie, à droite, fournit des valeurs plutôt faibles au sud des Açores jusqu’au sud de l’Europe et la Méditerranée. À gauche, la prévision du modèle engage une très forte humidité au sud des Açores et sur la péninsule ibérique, débordant du sud-ouest au nord-est français.
2- La climatologie fournit des valeurs plus élevées sur le centre de l’Atlantique, conformément au courant zonal océanique. Ce transport humide n’est pas perceptible sur la prévision.
Le courant océanique est absent sur son secteur habituel.
Un courant océanique apparaît au nord (Groenland, sud de la Scandinavie) sans excès.
Un autre courant océanique circule très au sud : la masse d’air se refroidit moins et se charge de plus d’humidité [8]. Lorsqu’il s’infléchit sur l’Espagne vers la France, l’anomalie humide deviendrait significative, se déversant d’abord sur la péninsule avant de gagner le pays.
La même configuration, depuis deux approches différentes par deux modèles différents, est proposée.
Les prévisions
Probabilités d’avoir durant au moins trois jours consécutifs des températures minimales (colonne gauche) et maximales (colonne droite) strictement supérieures aux quantiles 90 et 95 pour la semaine 31.
Dit autrement, les quantiles 90 et 95 indiquent respectivement des valeurs survenant une fois sur dix ou une fois sur vingt.
Avoir au moins trois jours de maximales au-dessus de ces quantiles apparaît quasi certain pour presque tout le pays et une grande partie sud de l’Europe.
De même, pour les minimales, de telles probabilités apparaissent pour un quart sud-est du pays mais aussi sur l’Angleterre laissant une bonne possibilité de températures nocturnes élevées sur le nord du pays.
Notons que le modèle simule une continuité de ces conditions pour la semaine suivante. L’échéance étant très lointaine, ce signal est à considérer en le mettant en perspective.
Les températures minimales (Tn) entament un déplacement d’ouest en est, cohérent avec la trajectoire océanique de la masse d’air.
La moitié est serait la plus concernée par des valeurs extrêmes (selon sa climatologie). En effet, sur la façade ouest du pays, l’humidité jouerait probablement un rôle modérateur, freinant la hausse des thermomètres. De plus, des orages peuvent être favorisés dans ce contexte. À l’est, une partie de l’humidité aura été consumée et un effet de foehn peut accentuer la chaleur. Enfin, les sols secs accentueront l’épisode.
La même conclusion est obtenue pour les températures maximales (Tx). La carte de droite permet d’avoir un ordre de grandeur des températures potentiellement atteintes.
Chez les deux modèles, on peut noter une absence d’extrêmes autour du golfe du Lion. Cela suggère un vent marin près du sol : températures très chaudes la nuit, « seulement » chaudes l’après-midi.
Les prévisions plus fines valident pour le moment la configuration générale d’une trajectoire subtropicale à dominante océanique, ébauchée au début de ce bulletin.
L’ouest et le nord-ouest seraient cette fois moins durablement concernés.
Pour les orages ?
L’humidité atteindrait la France dans un second temps. À compter de jeudi, peut-être dès mercredi près des Pyrénées, les premiers orages éclateront sur le sud-ouest avant de s’étendre à la plupart des régions françaises vendredi et samedi. Ils pourraient être violents.
Un prochain bulletin établira des fourchettes de valeurs et des localisations des intensités les plus remarquables (températures et orages).
[1] climatologiquement, les anticyclones dominent en été au-dessus de la Méditerranée. Il s’agit donc ici de conditions anticycloniques plus fortes que d’ordinaire.
[2] climatologiquement, les anticyclones dominent au-dessus des Açores. Il s’agit donc ici de conditions moins anticycloniques que d’ordinaire, voire dépressionnaires.
[3] voir le bulletin : https://meteole.eu/Vague-de-chaleur-canicule-juin-2026-Acte-II-scene-1
[4] l’air chaud peut contenir une masse de vapeur d’eau plus importante que l’air froid
[5] climatologiquement, les anticyclones dominent en été au-dessus de la Méditerranée. Il s’agit donc ici de conditions anticycloniques plus fortes que d’ordinaire.
[6] climatologiquement, les anticyclones dominent au-dessus des Açores. Il s’agit donc ici de conditions moins anticycloniques que d’ordinaire, voire dépressionnaires.
[7] voir le bulletin : https://meteole.eu/Vague-de-chaleur-canicule-juin-2026-Acte-II-scene-1
[8] l’air chaud peut contenir une masse de vapeur d’eau plus importante que l’air froid