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Vague de chaleur - canicule juin 2026 - Acte II scène 1

dimanche 21 juin 2026, par sb

Une première salve de très fortes chaleurs était en cours. Elle fut ponctuée d’orages parfois violents sur le nord-ouest et le nord du pays.

Un dôme d’air saharien a pris place sur l’Europe occidentale. Une chaleur sèche remonte d’Afrique alors qu’un courant plus humide converge vers la Manche depuis les Açores.
© Infoclimat.fr

Une masse d’air très chaude, issue de l’Afrique saharienne (ce n’est pas l’air au sol mais en altitude) s’est installée sur une grande partie de l’Europe.
Sur l’océan, un thalweg s’étire de l’Islande aux Açores. Ce dernier pilote une advection humide vers la Bretagne, l’Angleterre, le sud de la mer du Nord.

La courbure du flux en altitude est globalement neutre : très légèrement anticyclonique à la mi-journée sur notre nord-nord-ouest, elle deviendra très légèrement cyclonique en soirée.

L’image satellite « airmass? » met en exergue les différentes masses d’air. En brun, ce sont les masses d’air subtropical sèches, en bleu-vert, ce sont plutôt des masses d’air subtropical humide (humidification en basses couches par passage maritime).
Le ruban nuageux des Açores à l’Irlande et l’Écosse matérialise le front froid et, par conséquent, la limite ouest de l’advection subtropicale sur l’Europe. Il en est de même du ruban nuageux allant de l’Islande au golfe de Botnie.
© Eumetsat

L’Europe du sud est sous une masse d’air saharienne, très chaude et sèche. L’Europe du nord, grosso modo au nord et à l’est de l’arc alpin, est sous une masse d’air açorienne, chaude et plus humide.
Des nuages se sont installés sur le golfe de Gascogne et débordent sur l’arc atlantique. Ils semblent inoffensifs.

Image satellite « cloud phases » permettant de séparer les nuages suivant leurs compositions : en jaune, ils sont composés d’eau liquide, en bleu, de cristaux de glace, en violet, d’un mélange des deux.
Cette composition évolue au cours de la journée.
© Eumetsat

En début de journée, quelques cellules se sont un peu développées principalement près de l’embouchure de la Loire. Elles sont bleutées [2].
Jusqu’en début d’après-midi, ce système s’enfonce dans les terres en s’incurvant tout en restant peu développé.
Puis à partir du milieu de l’après-midi, des cellules naissent en grappes du Centre aux Hauts de France et se décalent dans une direction nord-est tout en grossissant et s’organisant en un QLCS (Quasi-Linear Convective System). Plusieurs supercellules seront observées.

Les advections de températures à 12h TU le 18 à 500 hPa, soit environ 6000 m, et à 850 hPa, soit environ 1600 m.
Elles sont positives sur tout le nord-ouest à 850 hPa, négatives à 500 hPa, augmentant de fait le gradient thermique vertical.
© Université de Bonn, unité de géographie et de météorologie

À 850 hPa, la composante sud de l’écoulement est forte, provenant directement du sud algérien. La courbure est encore à ce moment anticyclonique. L’advection de température est positive (apport dynamique de chaleur).
La courbure perdra sa caractéristique anticyclonique en fin d’après-midi.
À 500 hPa, la composante méridienne est moins affirmée, le courant atmosphérique vient de la région des Açores.Sa courbure tend à devenir neutre à très légèrement cyclonique. L’advection thermique devient négative (refroidissement).
Le gradient vertical se renforce, amplifiant le potentiel orageux.

Par ailleurs, non illustrées, la haute troposphère devient de plus en plus divergente, ce qui favorise les courants verticaux ascendants, boostant la convection profonde, donc la virulence des orages.
De plus, une advection de vorticité cyclonique à l’étage moyen (CVA?, cyclonic vorticity advection) apporte un ingrédient supplémentaire.

Radiosondages d’observation réalisés par Météo-France le 18 juin à 12h TU à Brest et à Trappes (78).
Les différents capteurs embarqués avec le ballon permettent de connaître les caractéristiques de l’air à différentes altitudes, mesurées lors de l’ascension.
© Rawinsonde.com

Les connaisseurs y verront de nombreux paramètres significatifs.En restant simple, chacun peut lire :
 sur la moitié gauche, la courbe rouge est la courbe des températures (dite courbe d’état) ;
 la courbe verte est celle du point de rosée ;
 l’axe des ordonnées présente les altitudes et les niveaux de pressions (850, 500, ... hPa). En abscisse, on trouve les niveaux de températures ;
 au milieu, c’est la magnitude et la direction du vent? ;
 sur la moitié droite, en haut à gauche, la courbe bleue montre l’évolution de l’humidité relative avec l’altitude ;
 dessous, la courbe violette est l’évolution de la température équipotentielle qui fournit une indication rapide sur la stabilité de l’air ;
 à droite est l’hodographe qui offre les caractéristiques du vent en fonction de l’altitude. Il permet de visualiser les advections thermiques, les cisaillements et d’autres paramètres ;
 en bas à droite, un tableau récapitule de nombreuses valeurs :
La CAPE, énergie convective potentielle, est un paramètre de base pour connaître le potentiel convectif. Plus sa valeur est haute, plus le potentiel est fort. Elle ne dépasse pas les 200 J/kg à Brest, ce qui est très faible pour la saison, alors qu’elle frôle les 2000 à Trappes, ce qui est fort. On retrouve ici l’idée d’une convection très peu active en matinée alors que les nuages étaient sur la façade atlantique.
La CIN qui est l’énergie d’inhibition convective est nulle à Trappes et relativement forte à Brest. À Trappes, l’énergie peut être consumée immédiatement en convection, cette dernière n’est pas freinée. À l’inverse de Brest alors qu’elle est déjà très faible.
Le Lapse rate représente le gradient thermique vertical. Au-dessus de 6,5°C, il indique une situation favorable à la convection. À Trappes, sous les 3 km, il est élevé, autorisant lui aussi une convection profonde et puissante. À Brest, c’est le contraire, inhibant le potentiel.
L’eau précipitable (Precip. water) permet d’évaluer le potentiel pluvieux en première lecture (si orage il y a). Plus la valeur est haute, plus le risque de précipitations intenses augmente.
Enfin, la DCAPE fournit une approximation du risque de rafales descendantes. La valeur pour Trappes est élevée sans être exceptionnelle.

En résumé, le RS de Trappes conclut à un potentiel d’orages forts avec rafales, grêles et fortes intensités pluvieuses. La prévision immédiate (now casting) paraît robuste.
Comme la configuration synoptique est encore plus favorable en se dirigeant vers la Manche-est et le sud de la mer du Nord, des orages virulents de la Normandie aux Hauts de France serait à anticiper.

En surface, les conditions sont réunies pour le développement d’orages : très fortes chaleurs, hauts points de rosée et des convergences du vent? initiant la convection du côté de la Normandie en début d’après-midi.
© Infoclimat.fr
Animation radars et foudres par pas de 3h depuis le 18 juin à 9h TU au 19 juin à 3h TU.
Les croix indiquent les localisations estimées des impacts.
© Infoclimat.fr

Keraunos, l’observatoire français des tornades et orages violents, propose un article ciblé sur les orages de cette fin de journée :
https://www.keraunos.org/actualites/fil-infos/2026/juin/supercellules-grele-orages-18-juin-2026-nord-picardie-normandie

Le lendemain, samedi 19 juin, une situation similaire se retrouve sur le pays, provoquant à nouveaux de violents orages localement.

Une vallée barométrique s’étale sur une moitié nord-ouest de la France. Au centre, une convergence humide s’est formée (ligne orange), très favorable à l’initialisation d’une profonde convection.
© DWD (service fédéral allemand de météorologie)
Précipitations et activités électriques l’après-midi et soirée du 19 juin.
© Infoclimat.fr
Durant cette après-midi, les températures sont très fortes, légèrement décalées vers l’est par rapport à la veille. Les points de rosée sont encore plus hauts et la convergence de surface mieux structurée.
© Infoclimat.fr
Animation horaire des images satellites « cloud phases » illustrant l’explosion convective sur le nord de la France et le sud-ouest de l’Allemagne.
© Eumetsat
Voici un outil numérique de prévision immédiate proposé par la météorologie allemande (www.dwd.de) sur les orages. Les images fournies pour l’après-midi et début de soirée du 19 juin.
© DWD

[1Ces images proviennent de la combinaison de plusieurs signaux électromagnétiques de différentes longueurs d’onde. Les longueurs d’onde de la lumière visible sont aussi utilisées, si bien que les couleurs obtenues varient plus ou moins fortement en fonction de l’angle du Soleil : au zénith, rasant, etc. Le contraste peut aidé, la consultation d’une autre image satellite post-traitée aussi.

[2Ces images proviennent de la combinaison de plusieurs signaux électromagnétiques de différentes longueurs d’onde. Les longueurs d’onde de la lumière visible sont aussi utilisées, si bien que les couleurs obtenues varient plus ou moins fortement en fonction de l’angle du Soleil : au zénith, rasant, etc. Le contraste peut aidé, la consultation d’une autre image satellite post-traitée aussi.