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Canicule N
jeudi 6 août 2026, par
Une nouvelle vague de chaleur se profile. Serait-elle remarquable ou exceptionnelle ? Courte ou durable ?
IFS?, le modèle européen de prévisions numériques du temps, calcule entre autres choses des EFI et des SOT.
ECMWF calcule également une référence climatologique interne qui calibre les données calculées de prévisions. Cette climatologie est à évolution constante et s’appuie sur les 20 dernières années, pour la journée ou la période considérée. Dans cette climatologie se trouve bien sûr moyenne et médiane mais aussi tous les quantiles désirés.
EFI et SOT permettent de connaître la proportion de membres de l’ensemble [3] est ayant des valeurs extrêmes.
Les EFI évoluent entre 0 et 1 ou entre -1 et 1, selon le paramètre.
Basiquement, pour les températures, plus l’EFI tend vers -1, plus les valeurs de froid qui sont simulées sont extrêmes pour ce lieu et cette période. Plus l’EFI tend vers +1, plus le nombre de scénarios chauds extrêmes sont nombreux. Une valeur de 0 correspond à la climatologie citée.
Il est important de noter que ces valeurs sont liées à la climatologie du lieu et de la période considérée. 30°C prévu à Oslo et Tamanrasset un 6 août ne fournira pas le même EFI pour ces deux villes.
Entre 0,5 et 0,7, la prévision peut s’engager, sous réserves d’une analyse générale, vers un évènement inhabituel. Entre 0,7 et 0,9, l’évènement serait remarquable. Entre 0,9 et 1, il serait potentiellement historique. Il en va de même pour les valeurs négatives.
Cependant, les EFI n’indiquent pas si ces scénarios dépassent à peine ou de beaucoup la climatologie. C’est le rôle des SOT de réaliser cette évaluation. Une valeur positive indique que au moins 10% des scénarios de l’ensemble sont extrêmes et plus le SOT augmente, plus les scénarios extrêmes s’éloignent encore davantage du sommet de la climatologie. DOnc plus le risque d’un évènement violent s’élève.
Pour la période du 11 au 13 août inclus, l’animation ci-dessus montre l’évolution des valeurs d’EFI et de SOT pour la moyenne quotidienne des températures [4], pour les quatre derniers cycles principaux d’IFS : le 4 août 12z, le 5 août 0 et 12z et le 6 août 0z.
On note que les EFI augmentent cycle après cycle, de 0,6 à 0,8 le 4 août, à 0,8 à 1 le 6 août sur presque la totalité de la métropole. L’évolution des simulations tend à aggraver la vague de chaleur.
De même, pour les SOT, la surface de la métropole englobée par la ligne 0 du SOT est moins fragmentée en fin d’animation, suggérant un maintient des scénarios forts. Cependant, la valeur brute des SOT ne s’élève pas pour autant, laissant à penser que ces scénarios sont forts sans être hallucinants. Il ne faudrait pas s’en réjouir, le risque caniculaire est présent sans atteindre des valeurs démesurées.
Enfin, on remarque que la Méditerranée est en surchauffe et ne jouera aucun rôle modérateur.
Non montrés ici, les EFI du modèle américain GEFS et de celui couplé au modèle canadien, NAEFS, différemment calculés, montrent la même évolution.
Justement, l’ensemble américain GEFS simule une quasi-certitude de Tx supérieures au quantile 90, c’est-à-dire des valeurs atteintes moins dune fois sur dix, pour quasiment toute la France, l’Italie, la Belgique, le sud du Royaume-Uni... Pour le quantile 95, donc moins d’une fois sur vingt, la probabilité chute au sud et reste quasi certaine au nord.
Ces probabilités sont basées sur la climatologie. Comme il fait climatologiquement plus chaud au sud qu’au nord, cette chute des probas au sud et leur maintien au nord suggère que les températures attendues seraient proches des plus hauts climatologiques, surtout au nord.
Cela confirme l’interprétation précédente à partir du modèle IFS.
Nous aurions alors un risque élevé d’une vague de chaleur d’intensité remarquable et un risque faible de vague de chaleur exceptionnelle. Elle pourrait cependant être durable, en deux paliers, le second plus chaud que le premier. Nous sommes à plusieurs de jours du premier pic prévu, la prévision peut évoluer dans un sens ou dans un autre. On peut donc anticiper une énième canicule 2026.
Même chose avec les températures minimales : ici, c’est la globalité des pourtours méditerranéens qui auraient des températures minimales (nocturnes) particulièrement élevées. Le rôle modérateur de la Méditerranée serait inexistant. Au contraire, sa surchauffe empêcherait les températures de redescendre la nuit comme plus au nord.
Canicule N !
N pour énième et N parce que, suivant les régions, il n’y a pas eu de coupure entre les vagues de chaleur comme ont pu en connaître d’autres régions. C’est le cas, non exhaustif, du sud-est de la France qui n’a pas connu de baisses franches des températures ces deux derniers mois, seulement des atténuations temporaires.
Sans remonter dans le temps, les simulations matinales d’IFS illustrent ce constat à leur manière.
– Cherbourg :
En haut l’évolution des températures à 850 hPa pour les 10 prochains jours selon l’ensemble IFS?.
Au milieu, l’évolution des précipitations.
En bas, l’évolution du géopotentiel à 500 hPa.
La dispersion de l’ensemble matérialisée par la largeur des « couleurs » permet d’évaluer le degré d’incertitude.
Les T850? sont un marqueur de la température de la masse d’air impactant celle près de la surface.
Pour donner un ordre de grandeur, 15 à 18°C sont les températures typiquement méditerranéennes en été, au-dessus de 20°C, le risque caniculaire augmente rapidement.
Aujourd’hui, la T850 est de 5 - 6°C, ce qui est même relativement frais. Elle monterait par phases jusqu’à une vingtaine de degrés mercredi 12 avant de redescendre.
Aucune pluie n’est prévue par le modèle si ce n’est en toute fin d’échéance, trop lointaine pour y accorder un crédit.
– Strasbourg
Partant ce jour de 13°C, les T850 baisseraient à 11°C avant de monter vers un premier palier dimanche autour de 19°C puis un second palier jeudi 13 vers 22-23°C. Proches des classiques en ce moment, les valeurs s’envoleraient, avec un décalage d’une journée par rapport à Cherbourg, suggérant un courant subtropical se déplaçant lentement vers l’est.
Un petit risque orageux se présente dimanche / lundi.
– Bayonne
On partirait d’assez bas, de 13°C, et les T850 filerait très vite vers un premier palier autour de 20-21°C avant de redescendre un peu dimanche et lundi pour remonter vers un second palier à 22-24°C.
Ces paliers sont plus longs que sur les deux villes du nord du pays où elles redescendraient rapidement.
On a donc probablement une prévision qui s’oriente vers une influence subtropicale durable sur le sud, forte mais momentanée au nord-ouest avant une possible influence océanique.
Des possibilités orageuses sont visibles ce week-end.
– Clermont-Ferrand
T850 proches là encore des moyennes avant une forte remontée en deux paliers à 18°C puis 20-21°C durables.
Des possibilités orageuses, probablement améliorées dans l’intérieur du Massif central.
– Marseille
Le constat est simple : les T850 partent et restent entre 20 et 22°C, elles tendent même à augmenter légèrement vers la fin des échéances à 21-23°C. La masse d’air déjà caniculaire est continue et ne s’atténuerait pas.
Les précipitations seraient inexistantes.
– Briançon
Diagramme à part, pris en altitude. Les T850 ne sont plus significatives et se rapprochent des températures à 2m avec un cycle diurne caractéristique.
Les développements orageux seraient quotidiens sur le massif alpin, surtout dimanche et lundi, corroborant un fléchissement relatif et temporaire des températures dues soit aux précipitations, soit à la couverture nuageuse induite par des orages proches.
Les cumuls sur les dix prochains jours sont faméliques, excepté les Alpes et les Pyrénées.
Une salve orageuse est à envisager entre samedi et lundi du sud-ouest au centre-est du pays. Son intensité n’est pas encore clairement définie.
[1] Dans le jargon des interprétations des simulations numériques météorologiques, un ensemble est un ensemble de scénarios calculé sur une même base avec quelques légères variations sur les conditions initiales et/ou de calculs. L’objectif est d’évaluer l’incertitude dues à la qualité des observations, des approximations physique utilisées, du chaos, ...
[2] La moyenne quotidienne des températures, notée Tm, se calcule en additionnant la température minimale, notée Tn, et la température maximale, notée Tx, du jour (norme OMM) divisée par 2 : Tm = (Tn + Tx) / 2
[3] Dans le jargon des interprétations des simulations numériques météorologiques, un ensemble est un ensemble de scénarios calculé sur une même base avec quelques légères variations sur les conditions initiales et/ou de calculs. L’objectif est d’évaluer l’incertitude dues à la qualité des observations, des approximations physique utilisées, du chaos, ...
[4] La moyenne quotidienne des températures, notée Tm, se calcule en additionnant la température minimale, notée Tn, et la température maximale, notée Tx, du jour (norme OMM) divisée par 2 : Tm = (Tn + Tx) / 2