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Vague de chaleur - canicule juin 2026 - Acte III scène 1
vendredi 26 juin 2026, par
La « goutte froide » était originaire des confins de la mer du Labrador et du Groenland. Après un voyage sur l’Atlantique où les basses couches se sont réchauffées, elle s’est stabilisée près du Portugal puis remonte vers l’Irlande en s’étirant selon un axe sud - nord.
La ligne quasi noire arquée entre le large immédiat du Portugal et le sud de l’Irlande illustre une intrusion d’air particulièrement sec à haute altitude. Il s’agit en fait d’air stratosphérique qui vient déformer la tropopause vers le bas.
L’imagerie vapeur d’eau montre non seulement les transports d’air, elle montre aussi les zones dynamiques là où l’atmosphère réagit le plus fortement aux perturbations qu’elle reçoit.
Les transports de vapeur d’eau en haute troposphère apparaissent d’autant plus clair que l’air en contient. Les points quasi-blancs plus ou moins grossiers indiquent généralement des nuages très épais, tels des cumulonimbus. Les longs rubans clairs peuvent être des rivières atmosphériques (AR) : comme nos grands fleuves, elles concentrent des quantités gigantesques de vapeur d’eau sur quelques centaines de km de large et des milliers de km de long. Elles participent activement aux grands équilibre de l’atmosphère terrestre en évacuant l’excès de chaleur et d’humidité des régions tropicales vers les régions polaires, et donc de l’équilibre thermique de la planète.
On a ainsi une petite AR partant au sud de l’archipel des Canaries et remontant vers le nord, par la Galice, la mer d’Iroise et enfin l’Irlande.
En amont, on voit une fine bande presque noire : à l’inverse, l’air en haute altitude y est aride, caractéristique d’une intrusion d’air stratosphérique vers le bas, celui-ci déformant la tropopause en provoquant un pli.
La tropopause est une surface pseudo-rigide qui sépare l’air troposphérique de l’air stratosphérique. Les deux ont des caractéristiques différentes, si bien qu’ils se mélangent peu. Cette frontière peut se matérialiser par la variation rapide de la vorticité potentielle (PV). Outre des paramètres thermodynamiques, la troposphère possède généralement une faible stabilité statique, donnant des valeurs PV inférieures à 1 ou à 1,5 unité PV (10-6 m2 s-1 K kg-1). Au niveau de la tropopause, ces valeurs montent rapidement au-dessus de 2, la stratosphère possédant une forte stabilité statique.
La barre rouge horizontale matérialise la tropopause dynamique définie par convention à 2 unités PV. Les deux barres rouges verticales délimitent le décrochage stratosphérique. En aval (vers l’est), l’air est plus instable.
Sur la première coupe, les lignes violettes affichent les isolignes de PV.
L’intrusion stratosphérique se traduit par une anomalie positive de la PV dans la troposphère puisque les valeurs augmentent par rapport aux régions adjacentes. Les valeurs montent jusqu’à 10. Cet air très sec descend jusqu’aux alentours du niveau 400 hPa. Ce n’est pas massif, nous sommes en saison estivale. Cette anomalie a plusieurs conséquences dont l’une est d’obtenir un forçage positif à l’avant de celle-ci pour des mouvements ascendants, facilitant les développements orageux.
Les anomalies accompagnant une ligne frontale apparaissent sur une coupe non pas comme une forme plus ou moins parallélépipédique, comme ici, mais plutôt sous la forme d’un pli, d’un cône incurvé.
Les lignes noires sont les lignes de même températures équipotentielles, dites « theta-e », ϴ-e. Sans entrer dans les détails là aussi, elles se conservent lors des mouvements verticaux même si la vapeur d’eau se condense durant le voyage. Dans une atmosphère repos, cette grandeur croît régulièrement avec l’altitude. Elle décroît lorsque l’atmosphère devient instable.
Sur la coupe, lorsque les lignes sont globalement horizontales, l’air est stable (peu de mouvements verticaux induits) et inversement.
Sur la seconde coupe, on retrouve la ϴ-e et la vitesse du vent? en mètres par seconde (lignes marrons).
Le vent se renforce de part et d’autre de l’anomalie : le Jet? se renforce car les gradients s’accentuent. Ce sont des zones dynamiques, dites baroclines.
- Et pour la prévision ?
La carte vapeur d’eau est instructive. La petite AR montre le déplacement de l’air, très méridien et peu zonal. L’humidité est importante.
En amont, on a l’anomalie de PV qui force « à distance » l’instabilité de l’air.
On sait de plus que l’air est particulièrement chaud sur la France, où les vigilances rouges canicule pleuvent !
On a encore vu que l’ex goutte froide se rapproche lentement.
Avec ces éléments d’observations, on peut suggérer que :
– la courbure du mouvement de l’air deviendra plus cyclonique qu’il n’était (approche progressive des conditions dépressionnaires liée à l’ancienne goutte froide) ;
– l’humidité disponible augmentera (AR) ;
– la pénétration vers l’est sera lente (composante méridienne du déplacement supérieure à la zonale) ;
– l’air très chaude résistera ;
– les orages vont se développer, et, à la vue des températures et de l’humidité, ils pourront être violents.
Le radiosondage issu de l’observation réalisée par Météo-France à Bordeaux-Mérignac ce jour :
La DCAPE est très haute, réévaluant le risque de violentes rafales sous orages.
La grêle est aussi à anticiper.
En résumé, on a de fortes chaleurs perdant peu de terrain et des orages sur l’ouest et le nord-ouest potentiellement forts à violents, avec de la grêle et de (très) fortes rafale de vents.
On pourrait alors passer à la consultation des modèles numériques pour confirmer cette prévision ... ;-)