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Météo agitée du 18 au 20 octobre 2026

mercredi 21 octobre 2026, par sb

Résumé :
– Retour global sur ces trois journées perturbées, exceptionnelles des Bouches-du-Rhône et du Var à la Corse
– Comment l’atmosphère a généré ces conditions
– L’apport de l’observation satellitaire et des algorithmes de traitement

Un temps pluvieux et orageux a été observé selon les régions durant ces trois journées.
La fraîcheur a été de mise également avant un radoucissement.

  • Fraîcheur

Après un jeudi / vendredi journées très doux, les températures ont baissé, parfois chuté de plus de dix degrés. Des gelées ont été enregistrées, localement sous les -3°C comme en Creuse lundi. Mardi, elles ont repris une hausse modérée.

Températures minimales et maximales mesurées les 16, 17, 18, 19 et 20 octobre 2026 © Infoclimat
  • Précipitations
    • Un épisode méditerranéen

Les précipitations ont essentiellement touché les reliefs les 17 et 18 octobre et la façade orientale du pays ce même jour. Les 19, les pluies et orages se sont intensifiées sur le Gard et l’Hérault. Ils se sont décalés sur PACA et la Corse dans la nuit du 19 au 20 et dans la journée du 20.

Cumuls des pluies en 24h les 17, 18, 19 et 20 octobre 2026.

Les cumuls ont dépassé les 150 mm sur de nombreuses stations, de l’est du Languedoc à PACA et à la Corse.
À la station Météo-France de Solenzara en Haute-Corse, il est tombé plus de 640 mm sur l’épisode dont 610 mm en 24h avec des intensités exceptionnelles, inédites en France métropolitaine [3] :

Extrait des observations de la station Météo-France de Solenzara, Haute-Corse, le mardi 20 octobre 2026.
Cumuls estimatifs selon les lames d’eau radar sur les trois jours.

Au moins une victime est à déplorer et de nombreux dégâts matériels et inondations se sont succédé.
Notons aussi que l’Espagne, principalement la région de Valence, a été durement touchée les 18 et 19 [4].

    • Des pluies moins étendues qu’envisagées

Sur le reste du pays, des averses ont rythmé la journée du 17 sur les reliefs et les côtes de la Manche. D’autres averses ont suivi le 18 de l’Alsace à la basse vallée du Rhône et une partie de la Provence, les Cévennes et les crêtes pyrénéennes. Le nord-ouest a également essuyé des ondées.

Le 19, les pluies se sont copieusement intensifiées sur l’Hérault et le Gard, jusqu’en Ardèche et une partie de la Lozère, débordant progressivement en vallée du Rhône. L’est de la Corse subissait déjà des fortes pluies.
Les pluies ont été significatives voire fortes sur le Massif central jusqu’à un axe Charente-Gers. Elles ont été copieuses de la Basse-Normandie à l’est de la Bretagne jusque vers la Vienne.

Dans la nuit du 19 au 20, les orages intenses franchissaient le Rhône, accompagnés de très fortes rafales d’est à sud-est. De 200 à plus de 300 mm se sont abattus sur l’ouest des Bouches-du-Rhône (cf note déjà citée), de 100 à 200 mm sur l’est, comme à Aubagne, puisque je suis concerné, avec 147 mm faisant suite aux 57 mm des 6 et 7 octobre portant le cumul mensuel provisoire à plus de 205 mm, plus du double de la moyenne climatique d’octobre.

Le 20, pluies et orages se sont propagés vers l’est de PACA et la Corse où leur violence a surpris, bien que le risque fut correctement prévu par Météo-France.

Aujourd’hui, 21 octobre, un régime d’averses.
Si une grande partie du sud-est est sortie d’une sécheresse historique, la situation demeure préoccupante sur de nombreuses régions, principalement du centre-ouest au nord-est.

Réflexivité radar cet après-midi


  • Configuration synoptique

Une intrusion d’air issu du Groenland avait fini, via la Baltique, par s’isoler entre le nord du pays et le sud du Portugal.
La masse d’air ainsi advectée comporte un air plus froid et une vorticité cyclonique, favorable aux ascendances?, à la condensation, aux nuages et finalement aux pluies. Initialement, il lui manquait de l’humidité d’où des nuages de plus en plus envahissants avec peu de précipitations excepté près des reliefs.
L’advection de vapeur d’eau s’est opérée à compter du dimanche 18 fin de journée jusqu’au 20 à partir de la Méditerranée.
L’advection océanique s’est dirigée loin vers le nord avant de redescendre sur le nord-ouest de la Russie.

En couleurs et vecteurs, le transport de vapeur d’eau dans l’atmosphère selon les analyses cycliques du modèle GFS entre les 18 et 20 octobre 2026. Les lignes noires représentent les isohypses à 700 hPa.
Le vent? s’oriente dans le sens inverse des aiguilles d’une montre autour d’un creux de pression / d’une masse d’air plus froide.

La bulle d’air froid descend sur le pays. Au-dessus des Pays bas le 18 à 0h TU (ci-dessous), elle se creuse légèrement sur la France puis se décale entre Cornouailles et Cantabriques le 19 à la mi-journée (lignes rouges).
Au sol, les conditions sont d’abord anticycloniques le 18 avec un vent? synoptique orienté au nord-est. Puis ces conditions deviennent progressivement dépressionnaires : l’anticyclone s’évacue vers le nord de l’Europe tandis qu’une dépression se creuse sur la péninsule ibérique et la Méditerranée occidentale (lignes noires).

Analyses des 18 et 19 octobre, 0h et 12h TU.
La hauteur du géopotentiel à 500 hPa, en lignes rouges, permet de visualiser la trajectoire de goutte froide.
La pression réduite au niveau de la mer est en lignes noires.
Les observations synoptiques des stations au sol comportent en rouge la température (°C), en vert le point de rosée (°C), la direction et la vitesse du vent? grâce aux barbules bleues.

Ainsi, le 18, en altitude, les vents sont de nord dominant, avec un minimum froid au-dessus de la France. En surface, le vent est au nord-est. Les températures baissent fortement, des gelées matinales surviennent. Dans l’air plus frais, la vapeur d’eau se condense plus facilement, surtout sur les massifs où l’effet orographique joue à plein. Les averses y sont alors présentes.
Le 19, le décalage vers l’ouest de la bulle d’altitude oriente le vent au sud dominant. En même temps, les températures en altitude remonte. En surface, la prédominance progressive de la dépression ibérique oriente aussi les vents au sud-est : les températures remontent. L’humidité méditerranéenne prend de l’ampleur sur le pays, dans une ligne sud-est > nord-ouest où les précipitations se renforcent.

Lors de la journée du 20, l’air froid d’altitude est stationné sur le proche atlantique, débordant sur notre nord-ouest. Le courant est ainsi orienté au sud / sud-ouest, en suivant les lignes rouges (ci-dessous). En surface, la dépression se dirige vers l’est, de l’ouest du Massif central au golfe de Valence en milieu de nuit puis se scinde en deux, l’une vers les côtes de la Manche, l’autre vers le golfe du Lion (notée par un « L », pour low).

Analyses du 20 octobre, à 0h, 6h, 12h et 18h TU.
Même description que l’animation précédente.

Sur le nord-ouest, cette petite dépression (mesodépression) a augmenté les précipitations en amplifiant les ascendances génératrices de nuages plus épais et en concentrant l’humidité.
Sur le sud-est, le lent décalage vers l’est de la seconde mesodépression a alimenté une convergence très humide des vents. La progression des orages fut lente et les cumuls très importants.

En Corse, notamment sur la côte orientale, l’humidité remonte depuis le canal de Sicile sur la mer Tyrrhénienne et longe la Sardaigne puis la côte orientale de l’Île de beauté. Les reliefs sont hauts et souvent abrupts, alternant avec de petites plaines côtières, comme au nord immédiat de Solenzara. Les deux forçages, l’un de la convergence des vents issus de la mer et descendants des montagnes et l’autre de ces reliefs, s’unissent pour alimenter un système convectif stationnaire se régénérant. Les pluies diluviennes durent plusieurs heures pour des cumuls exceptionnels.

Vents? à 10 m le 20 octobre, à 4h, 10h et 16h TU.
On remarque l’enroulement des vents sur le nord-ouest, suivant la trajectoire de la mesodépression. Sur le sud-est, c’est une convergence de ces vents qui initie les pluies et les orages fortement pluvieux.

Un autre point de vue est les advections humides selon les couches de l’atmosphère. Les capteurs des satellites permettent de déduire les quantités de vapeur d’eau contenues dans ces différentes couches. Ceci est possible en raison de la différence d’absorption des différentes longueurs d’onde émises par ces derniers en fonction des molécules et aérosols que ces ondes électromagnétiques rencontrent. Des algorithmes permettent ensuite de séparer les données obtenues depuis l’espace et de les combiner pour asseoir des observations d’altitude, trop parcellaires depuis le sol.

Eau précipitable en fonction de l’altitude, le 20 octobre entre 4 et 15 heures TU. Images fournies par l’Université du Colorado à partir de données issues de Meteosat 3e génération
Couche entre la surface et le niveau 850 hPa
Couche entre 850 et 700 hPa
Couche entre 700 et 500 hPa
Couche entre 500 et 300 hPa

En agrandissant chacune des images, les couleurs rouges, bleues et gris-vert correspondent respectivement à des quantités importantes, modérées et faibles de vapeur d’eau.
Sur la couche la plus basse, là où la quantité de vapeur d’eau est la plus importante (l’air plus doux a la capacité de contenir plus de vapeur d’eau que l’air plus froid situé notamment en altitude), on distingue deux éléments explicatifs :
– sur le nord-ouest de la France, l’enroulement autour de la meso-dépression précédemment décrite joue à plein en alimentant les nuages en humidité, d’où des pluies plus fortes.
– sur le sud-est, l’humidité est advectée sur l’ouest des Bouches-du-Rhône en fin de nuit puis se décale vers le Var en matinée et début d’après-midi. Les orages y ont été forts.
En parallèle, l’advection humide depuis la Sicile vers la Corse est visible et tout aussi forte.
Ailleurs, l’humidité est globalement faible, voire modérée par endroit.
De façon plus large, on aperçoit le mouvement convergent de l’humidité en Méditerranée occidentale, depuis le détroit de Gibraltar à l’ouest, du canal de Sicile à l’est.
Accessoirement, le mouvement de l’air froid sur l’Atlantique se voit depuis les côtes groenlandaises et islandaises en direction de l’archipel des Açores. La limite entre le violet et le bleu-vert marque le front froid qui a traversé le nord de la France aujourd’hui et suivi par les averses illustrées plus haut (dans la zone verte qui s’est décalé vers le continent depuis hier).

Au-dessus, entre 850 et 700 hPa, l’humidité demeure forte sur les côtes provençales et corses (points violets).
On y distingue aussi clairement l’intrusion d’air beaucoup plus sec depuis le golfe de Gascogne sur l’arc atlantique, suivant le décalage de meso-dépression. Le temps s’y est éclairci, les pluies ont été absente des secteurs côtiers.

Entre 700 et 500 hPa, le mouvement de sud de l’advection humide subsiste. Les quantités demeurent honorables sur le sud-est et la façade est. Sur la moitié ouest, l’air était sec. C’est confirmé pour la couche supérieure, entre 500 et 300 hPa.