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Canicule 3 - Prévisions moyen et long termes I : Le passé
dimanche 12 juillet 2026, par
La chaleur est trop forte. Elle se poursuit ces prochains jours. Quelles sont les perspectives de sorties ?
Si besoin, les cartes quotidiennes ou mensuelles et toutes sortes de données de grandes qualités sont dispos sur infoclimat et dataclimat. N’hésitez donc pas à explorer et puiser les infos !
Conduire une voiture ou un camion, c’est aussi anticiper, donc prévoir, le futur, au moins pour les secondes qui viennent. Pour cela, le chauffeur regarde devant lui. Il se doit aussi de regarder derrière, car ce qui se passe derrière son véhicule peut influencer ce qui se passera plus tard devant.
En prévisions météo, c’est pareil !
Ce que nous montre le rétroviseur ...
Par rapport à la norme 1991-2020, les plages rouges et bleues montrent respectivement les excédents et les déficits entre le 1er mai et aujourd’hui.
La ligne noire est la moyenne 1991-2020, En gris clair, ce sont les valeurs extrêmes enregistrées entre 1930 et 2025, l’écart-type sur la même période est en gris moyen.
Le rouge est écrasant, quelques plages bleues sont réduites. Pire, ces plages rouges effacent les records historiques les uns après les autres. Bref, les quelques îles de déficits ne cachent pas l’océan de bénéfices. Ce n’est pourtant pas la courbe du CAC 40 ! Ce serait faire du mauvais esprit !
Météorologiquement, existe-t-il un trait commun expliquant cette succession de vagues de chaleur, de canicules ?
Le cercle vert indique notre quadrant hémisphérique, la France est presque au centre, dans le prolongement à droite du n° de décade (dans la marge à gauche).
Si nécessaire, cette carte permet de repérer la France.
À quelques exceptions près, c’est une même configuration synoptique qui est observée, avec un décalage essentiellement longitudinal. Voyons de plus près.
En comptant en décade, l’ITN met en évidence :
– la première décade de mai est excédentaire ;
– la seconde est déficitaire ;
– la troisième est très excédentaire ;
– la première décade de juin est légèrement excédentaire ;
– toutes les décades suivantes sont très excédentaires.
On obtient deux groupes : les quatre premières décades alternent excédent et déficit. Les quatre suivantes (celle en cours suit ce chemin) ne sont qu’excédents.
Pour le premier groupe, on peut éventuellement remonter jusqu’à la seconde décade de mars pour cette alternance.
Excepté la première décade de janvier, les décades de janvier, février et début mars appartiennent au second groupe.
Pour le groupe 1, on retrouve cette alternance d’advections chaude puis froide. Les advections chaudes sont caractérisées par des hauteurs de géopotentiel anormalement haut sur Est du Canada - Groenland et anormalement bas sur l’Atlantique subtropical (régions des Açores). Dans cette configuration, une dorsale s’élève sur l’Europe occidentale suite à l’advection.
À l’inverse, les conditions plus froides sur l’Europe coïncident avec des bas géopotentiels sur Est du Canada - Groënland et hauts sur l’Atlantique subtropical.
En effet, les vents? tournent dans le sens horaire autour des anticyclones / des hauts géopotentiels, dans le sens antihoraire autour des dépressions / des bas géopotentiels. Lorsque le vent traverse une masse d’air, il l’advecte dans le même sens.
Une advection (de température, d’humidité,d e n’importe quelle grandeur météorologique) est le transport de cette grandeur par le vent. Cette grandeur est ainsi déplacée d’une région à une autre avec une certaine magnitude / intensité.
Pour le groupe 2, les hauts géopotentiels se maintiennent sur le Canada - Groenland. Les bas géopotentiels perdurent sur l’Atlantique nord, laissant des thalwegs s’isoler entre Canaries et large du Portugal.
Élargissons le regard...
Le climat terrestre est influencé mutuellement par de grands mouvements atmosphériques et océanographiques. Ceux-ci peuvent être isolés par des « indices » normalisés qui permettent de suivre l’évolution temporelle et/ou spatiale de ces phénomènes.
Voyons-en deux : l’ENSO et la MJO.
Un indice du même type concerne l’océan indien. Un indice sur les différences de pressions atmosphériques entre Darwin et Tahiti offre une autre caractérisation des conditions autour de l’équateur entre Afrique et Amérique du sud.
L’ENSO, El Niño - Oscillation australe, est la combinaison de deux phénomènes fortement liés.
El Niño est une hausse de la température du Pacifique près des côtes de l’Amérique latine. Cette modification s’étend vers l’ouest sur le Pacifique équatorial jusqu’aux côtes indonésiennes où les eaux y deviennent plus froides. L’inverse, ou plus exactement, l’état proche de la normale, est nommée La Niña [4].
L’Oscillation australe (SOI) est la différence normalisée de pression atmosphérique réduite à la surface de la mer (celles correspondant aux valeurs habituellement indiquées, telles que 1020 ou 1005 hPa (hectoPascal) dans les anticyclones et les dépressions) entre Darwin, en Australie, et Tahiti [5]. Le SOI est actuellement en très forte baisse, corrélant la venue d’un épisode El Niño.
La combinaison des deux fournit l’ENSO, un indice qui détermine sa phase (positive = El Niño, négative = La Niña, autour de zéro = neutre) et son intensité.
El Niño est donc en phase de croissance, le Pacifique équatorial se réchauffe. Il influence le climat mondial à diverses échelles et il est lui-même influencé par rétroactions des modifications qu’il induit. Parmi les effets les plus connus, citons les fortes pluies de l’Équateur au Chili, une sécheresse de l’autre côté du Pacifique, un hiver moins doux en Europe,...
La MJO (Oscillation de Madden-Julian) caractérise une oscillation climatique de fortes convections se déplaçant vers l’est le long de l’équateur sur toute la planète. Ces convections s’accompagnent de forts orages et d’absences de précipitations en amont et en aval.
L’équateur est divisé en 8 secteurs, appelés phases : de l’Afrique à l’Amérique du sud (8 & 1), l’océan Indien (2 & 3), le continent maritime (Malaisie, Indonésie, Pacifique est...) (4 & 5), reste du Pacifique (6 & 7).
Selon sa phase, c’est-à-dire où la convection intense se trouve, l’influence de la MJO diffère. Son influence principale est sur les océans Indien et Pacifique.
En ricochet, elle influence lors des fortes intensités l’écoulement sur l’Atlantique nord et par conséquent le temps en Europe (occidentale a minima) [6].
La MJO provoque des ascendances? fortes, permettant un rééquilibrage thermique entre la surface et la haute troposphère. Elle provoque en amont et en aval des subsidences? d’où la faiblesse de l’activité orageuse sur ces zones. Un cycle complet (le tour de la planète) dure en moyenne entre un et deux mois, avec des cycles intenses et d’autres faibles.
Le lien entre MJO et ENSO est fort. La première modifie l’ennuagement avec des nuages d’orages nombreux, limitant le rayonnement solaire atteignant la surface, modifiant l’évaporation et le champ de vent. Des ondes océaniques (ondes de Kelvin) se propagent vers l’est. Ceci module les températures de surface de l’océan Pacifique, à la hausse ou à la baisse selon la phase de la MJO.
La MJO est souvent plus forte en épisode La Niña qu’en El Niño.
La ligne noire est la phase et l’intensité observées pour chaque jour depuis le 2 juin (start). En rouge est la prévision.
La MJO était modérée en phase 7 et 8 entre le 1er et le 15 juin puis très faible à nulle du 18 au 25 juin. Son intensité remonte et elle rentre en phase 7 d’intensité modérée le 1er juillet. Elle entrerait en phase 8 en s’affaiblissant rapidement vers la fin de ce mois. L’ensemble des modèles (américain, canadien, australien) suit la prévision du centre européen.
Cependant, ces deux indices peuvent être constructif (leurs effets s’ajoutent) ou destructifs (leurs effets se soustraient), suivant leurs phases respectives.
L’amplification d’El Niño affaiblit la MJO. Cependant, après une interaction destructive lors de la seconde quinzaine de juin, les deux « coopèrent » davantage durant ce mois de juillet. Climatologiquement, un signal modéré s’établit vers une NAO négative, c’est-à-dire des bas géopotentiels présents bas en latitude sur l’Atlantique. Ceux-ci favorisent les advections chaudes sur le sud-ouest de l’Europe.
Enfin, des ondes planétaires ou ondes de Rossby, dans un environnement ondulatoire stationnaire possiblement lié au couple ENSO - MJO, favorise le maintien de la récurrence actuelle.
[3] Christophe Cassou : Intraseasonal interaction between the Madden–Julian Oscillation and the North Atlantic Oscillation https://www.nature.com/articles/nature07286
[6] Christophe Cassou : Intraseasonal interaction between the Madden–Julian Oscillation and the North Atlantic Oscillation https://www.nature.com/articles/nature07286

