Accueil > Bulletins > Prévisions > courts, moyens ou longs termes > Bulletin du dimanche 7 juin 2026
Bulletin du dimanche 7 juin 2026
dimanche 7 juin 2026, par
Le temps de la semaine s"annonce sur un dégradé nord-ouest > sud-est, tant pour les nuages et les pluies que pour les températures. Une amélioration plus franche est envisageable pour le week-end.
Un tour d’horizon d’observations simples suivra pour déterminer les grands et petits mouvements des masses d’air.
1- Prévisions pour la semaine
- Lundi 8 juin
Le temps est perturbé, avec des averses et orages fréquents de l’Auvergne au Jura et aux Savoie, parfois avec des intensités fortes, un peu de grêle et des rafales. D’autres averses et orages des Pyrénées aux Massif central, à priori moins forts.
Des pluies s’envisagent sur le nord-ouest. Elles gagnent le nord-est en cours de journée. Le temps est gris sur le sud-ouest avec peu de soleil, les éclaircies dominent près de la Méditerranée.
Les températures minimales s’échelonnent de 10 à 15°C au nord, de 13 à 18°C au sud.
L’après-midi, le mercure grimpe entre 15 et 20°C sur le nord-ouest, de 18 à 22°C de l’Auvergne à la Lorraine, jusqu’à 25°C sur le sud-ouest et de 25 à 30°C sur le sud-est, localement plus.
Le vent? de suroît souffle sur le nord-ouest, la Tramontane est présente sur le golfe du Lion.
- Mardi 9 juin
Quelques ondées sont possibles sur le nord-ouest et les massifs. Le Soleil brille près de la Grande bleue avec quelques cirrus décoratifs. Ailleurs, le ciel alterne entre nuages et ciel bleu.
Les minimales s’étagent de 7 à 12°C sur le nord-ouest, de 15 à 20°C sur le sud-est et la vallée du Rhône, de 10 à 15°C sur les autres régions.
Les maximales quant à elles évoluent de 15 à 20°C sur la moitié nord, de 20 à 25°C sur la moitié sud, jusqu’à une trentaine de degrés sur le sud-est.
Toujours un petit suroît en Manche, petits Mistral et Tramontane dans leur domaine.
- Mercredi 10 juin
Le temps serait maussade sur un tiers ou une moitié nord du pays, avec des pluies généralement faibles sous un ciel gris. Plus au sud, les éclaircies s’élargiraient et il ferait beau autour de la Grande Bleue.
La fraîcheur persisterait avec 7 à 12°C sur le pays, jusqu’à 15-18°C en se dirigeant vers la Méditerranée.
En journée, 15 à 20°C au nord, 20 à 25°C au sud, jusqu’à 30°C sur le sud-est, sont les fourchettes probables.
Mistral et Tramontane fraîchiraient.
- Jeudi 11 juin
Une dégradation sur la Grande-Bretagne pourrait affecter le nord-ouest et/ou le nord du pays. Ailleurs, les éclaircies domineraient.
Les minimales demeureraient proches de celles de la veille. Les maximales augmenteraient au sud, c’est plus incertain au nord.
Le Mistral mollirait. Le vent de suroît se renforcerait près de la Manche.
- Vendredi 12 juin
Le temps reste médiocre vers le nord, plus calme et ensoleillé vers le sud.
Les températures nocturnes et diurnes seraient en hausse.
Le vent resterait présent, sans excès.
- Samedi 13 juin
Une amélioration nette se dessine, bien que des incertitudes persistent près de l’Allemagne.
Les températures évolueraient peu, proches des normes de saison ou légèrement excédentaires.
Mistral et Tramontane souffleraient modérément.
- Dimanche 14 juin
Au cœur d’une dorsale, le temps serait calme et ensoleillé.
Il est probable que les températures grappillent quelques degrés en journée. Peut-être une petite baisse la nuit grâce à un ciel clair.
2- Comment j’élabore une prévisions météo ?
- Introduction
Actuellement, les prévisions météo sont fournies en tant que résultats finaux d’un processus, que ce soit de façon automatique ou générée par IA (la plupart des sites et des applications dont partiellement ceux de Météo-France), ou que ce soit le fruit d’une expertise humaine (quelques sites dont partiellement celui de Météo-France).
Cela semble convenir à une grande majorité des utilisateurs (consommateurs ?) de prévisions météo.
Certains ont besoin de prévisions expertisées, notamment les personnes ayant leur activité à l’extérieur ou dont les aléas météorologiques ont un impact sur leur activité. D’autres, jeunes et moins jeunes, sont des personnes curieuses, attentives au monde qui les entoure, ouvertes à mieux comprendre leur environnement sans devenir des spécialistes pour autant. C’est plutôt vers elles que je m’adresse, bien que tous et toutes soient les bienvenus.
Il ne s’agit pas d’une méthode figée mais d’un canevas général. En fonction du temps disponible, du contexte météorologique, de ce que je souhaite faire, cette méthodologie est adaptée. Un autre point important est qu’il n’y a pas d’absolu. Il s’agit d’une méthodologie reposant sur un point de vue.
Le but n’est donc pas de jouer au professeur, ce qui serait pour le moins prétentieux et inapproprié. C’est d’illustrer mon expérience amateur acquise durant quelques décennies de pratiques et d’échanges épistolaires avec des professionnels et des chercheurs.
Tout ceci s’étalera sur le long terme, dans de nombreux articles, et bien des points abordés ici seront repris plus tard.
Météo-France publie relativement peu d’articles de ce type sur son site grand public. Par comparaison, le DWD, le service météorologie allemand, est beaucoup plus loquace.
Observer, analyser, prévoir.
Une règle simple : partir de la réalité, donc de l’observation à différentes échelles, puis tenter de prévoir la suite, d’une plus large échelle spatiale vers une plus locale. Ne pas hésiter à prendre un peu de recul (observations récentes) puis avancer dans l’avenir par petits pas en tentant de comprendre ce qui se passe à chaque incrément.
Penser que les grands éléments atmosphériques structurent les mouvements moyens sur de grandes distances et que les petits éléments impactent l’évolution régionale sensible du temps. Dit autrement, à grandes échelles (typiquement à l’échelle hémisphérique), l’atmosphère possède une certaine inertie, la circulation des masses d’air obéit à des éléments structurants de 1000 km et plus. C’est une circulation moyenne fournissant les bases d’une analyse à long terme. Les éléments plus fins sont généralement les éléments dynamiques qui vont perturber cette circulation générale, en l’amplifiant à un endroit, en l’inhibant à un autre.
Aujourd’hui, nous n’irons pas si loin, nous voyagerons dans la baie en manœuvrant notre optimist (cela me rappelle de lointains souvenirs !).
- Les observations
-
- en surface
Au niveau temporel, je pars toujours de l’observation. L’observation présente et l’observation passée suggèrent une évolution. Cela permet aussi de connaître la météo du moment, indépendamment d’un objectif de prévision. Avec un peu d’habitude, on repère déjà quelques éléments à mettre dans un coin de mémoire pour plus tard.
La prévision n’est pas déconnectée du réel, cela me paraît logique de prendre un peu de temps sur cette phase.
Une mise en bouche pour passer d’un état d’esprit X, tel le travail pro, à un état d’esprit reconnecté à la météo ;-)
https://www.infoclimat.fr/fr/cartes/observations-meteo/temps-reel/temperature/carte-zoomable.html
Une fois cet état des lieux passé, un rapide regard donne de premiers éléments structurants.
Dans l’exemple ci-dessus, deux zones en diagonale se distinguent : de l’Écosse et de l’Irlande à notre nord-ouest au sud de la Scandinavie, les couleurs tirant sur le jaune et le vert indique un air plus frais. À l’opposé, depuis l’Espagne, l’Afrique du nord à la mer Noire et aux rives sud de la Baltique, les couleurs se nuancent d’orange et de rouge, pour un air chaud.
On devine ainsi une zone dépressionnaire sur les îles britanniques et un anticyclone de la Méditerranée à l’Europe orientale. L’écoulement de l’air est orientée au nord-ouest sur le nord-ouest de l’Europe, à l’ouest ou au sud-ouest sur le sud et l’est du continent.
En effet, une règle simple à mémoriser : dans l’hémisphère nord, le vent tourne dans le sens horaire autour d’un anticyclone, dans le sens antihoraire dans une dépression.
Le gradient thermique entre ces deux zones n’est pas important, l’écoulement n’est pas à dominance méridien (sud > nord ou nord > sud) sinon les valeurs auraient été beaucoup plus élevées dans l’intérieur du continent. Au contraire, la composante zonale (ouest > est) doit être importante, laissant l’influence modératrice de l’océan s’étendre sur une large partie de l’Europe..
https://www.infoclimat.fr/fr/cartes/radar_cumul_5mn/france/temps-reel
La convergence des lignes d’averses suggère la présence à proximité immédiate d’un thalweg à courte longueur d’onde. Il s’agit probablement d’un élément sous-synoptique car la surface concernée est relativement réduite d’une part et ce secteur ne perturbe pas les éléments vus précédemment, d’autre part.
On est en présence d’une anomalie dynamique haute-fréquence dont le potentiel évolutif est à affiner. On le garde en tête pour plus tard. On remarque cependant que les intensités pluvieuses sont faibles. Il faudrait regarder ce qu’il en était les heures précédentes.
L’aire et les intensités diminuent, ce qui laisse penser à un comblement progressif du thalweg et donc une baisse du dynamisme.
Les arcs de cercle indiquent le thalweg à trois moments différents (à gauche en milieu de nuit, au milieu à la mi-journée, à droite en début de soirée au même moment que le reste de la carte).
Les flèches longues jaunes marquent le déplacement moyen des masses d’air, les petites flèches matérialisent l’impact des advections chaudes locales, alimentant les averses.
La résultante serait celle-ci : une masse d’air subtropical relativement dégradé du sud au nord-est de l’Europe, une masse d’air subpolaire sur le nord-ouest et le nord de l’Europe. L’écoulement anticipé est retrouvé. À une échelle plus fine, un petit thalweg orbite autour d’un centre principal situé entre Islande et Irlande. Il devient plus évasé au fil des heures, les gradients s’affaiblissent. Il est fort probable que le chauffage solaire d’un début juin est compensé son affaiblissement durant l’après-midi, jusqu’à produire quelques brefs orages. À l’arrière, les nuages sont nombreux à être observés, typique d’un « ciel de traîne » peu actif.
-
- En altitude
Attention, la configuration observée en surface n’est pas forcément identique à celle d’altitude. Il convient donc de faire les deux et de construire un ensemble cohérent.
Les radiosondages offrent un excellent diagnostic. Ce sont des instruments embarqués dans une petite nacelle sous un ballon gonflé à l’hélium. En s’élevant, ils transmettent leurs mesures (localisation, altitude, température, humidité, force et direction du vent,...). Ils sont lancés depuis des points prédéfinis à des heures régulières. Suivant les circonstances, d’autres ballons peuvent être lâchés ponctuellement.
Les données recueillis sont accessibles sous format texte ou d’un graphique spécifique. Nous ne les verrons pas dans ce bulletin.
Nous regardons notre bonne vieille Terre depuis l’espace. Nous avons déjà pu contempler des images satellites infrarouge, airmass? ou cloud phases sur ces pages.
L’image airmass fournit les éléments suivants :
> une masse d’air subtropical humide sur l’Atlantique sous les 45 à 50°N (bleu-vert), suggérant un courant d’ouest à ouest-sud-ouest, avec quelques ondulations.
> Une masse d’air subtropical sec sur le sud et le centre de l’Europe et une zone frontale sur l’Europe orientale, de la Roumanie à l’Estonie et au golfe de Botnie.
> Une masse d’air subpolaire du Groenland à la Norvège et à l’Angleterre (rouge violet). Les nuages s’enroulent sur de grandes distances autour d’un point situé approximativement au sud de l’Islande.
> Sur l’Angleterre et la Manche, un enroulement s’exécute autour d’une masse rouge entourée de violet : c’est notre thalweg qui pilote les averses.
À petite échelle, les nuages sont palots sur la France, ils se distinguent à peine. On perçoit néanmoins un arc de cercle du pays basque aux Ardennes, des zébrures à l’arrière, un ciel dégagé à l’avant.
Un autre arc, éclatant cette fois, s’étire de Cadix à Toulon.
L’image cloud phases complète le tableau. Pour rappel, et de façon schématique, la couleur jaune indique des nuages constitués d’eau liquide, généralement d’épaisseurs modestes. La couleur bleu indique des nuages constitués de cristaux de glace, le plus souvent à haute altitude. La couleur violette indique un mix des deux, eau liquide et eau solide, à des altitudes intermédiaires. Enfin, la couleur montre la composition des parties supérieures des nuages.
L’image confirme ce qui précède. Les cellules orageuses se confirment sur l’Europe orientale.
L’arc sur la France se révèle, de couleur violette avec quelques bourgeonnement glacés localisés. Les développements verticaux des cellules sont donc modérés, ce qui concorde avec l’observation : quelques éclairs et des averses nombreuses d’intensités faibles à modérées.
L’arc entre Cadix et Toulon est bleuté semi-transparent, traduisant un fin ruban de cirrus, nuages de très hautes altitudes peu épais. L’image airmass pouvait donner l’impression de nuages épais. Il matérialise par ailleurs une limite près de la tropopause (surface entre la troposphère et la stratosphère) guidant un petit rail d’humidité. Il y a donc en amont de ce ruban un probable petit décrochage de la tropopause.
Le voile de cirrus se densifie sur la mer, au-delà des arbres.
Ce samedi 6 juin, l’altitude et la surface se superpose à peu près bien.
- L’analyse numérique
L’analyse numérique est le résultat de la phase d’assimilation des données par les modèles de prévisions numériques du temps (PNT). En quelque sorte, c’est l’instant 0 de leur simulation, en fonction de toutes les données qu’ils ont pu ingérer. Elle est sensée être conforme à la réalité. C’est vrai, à quelques nuances près. Je reviendrai une autre fois sur les modèles météo.
Nous sommes rassurés, tous les éléments concordent entre les différentes approches. Le thalweg anglais se comble et se dilue au fil de la journée.
- Pourquoi ne pas se contenter de l’analyse numérique ?
La question m’a déjà été posée plusieurs fois. Pour se reconnecter à la réalité, pour (ré)apprendre, pour se confronter, pour rester autonome, pour ne pas avoir une confiance aveugle aux simulations des modèles.
Les modèles et leurs simulations sont des outils précieux et indispensables mais ils ne remplacent pas l’humain.
- Et l’IA dans tout ça ?
Un mot sur l’IA ou ML (Machine Learning) : leur utilisation apporte de nouvelles voies prometteuses, en s’affranchissant de certaines contraintes physiques et mathématiques infranchissables et de contraintes informatiques liées à nos connaissances et moyens limitées. Elle a aussi une limite concernant les évènements extrêmes.
Cette source supplémentaire de projections et de simulations est précieuse. la réponse vertueuse voudrait une convergence entre approches physique et ML pour une expertise humaine plus solide.
Bien sûr, cette approche IA/ML a un coût important (écologique, économique, humain...). Je ne le discute pas ici et l’usage de ces technologies devrait être sur la place publique, établi en terme de priorités (somme des coûts sur somme des bénéfices par exemple).
L’IA évalue plutôt bien les évènements classiques et rares, mieux que les modèles physiques dans de nombreux cas. En revanche, elle s’avère prise à défaut et très en deçà des modèles basés sur la physique, pour des évènements extrêmes. Or, ce sont ceux-ci qui sont potentiellement les plus destructeurs ou ayant un impact important.
- L’exemple du derecho du 18 août 2022
Un derecho est un phénomène orageux d’une grande violence, se déplaçant plus rapidement que le vent moyen et générant des rafales exceptionnelles sous des orages virulents.
Un tel évènement eut lieu en Corse le 18 août 2022 en matinée. De fortes pluies, de la grêle et des rafales jusqu’à 225 km/h ont observées à Marignana, 206 km/h à l’Île Rousse, 197 km/h à Calvi, 178 km/h à Ersa ou encore 158 km/h à Ajaccio.
Le derecho a poursuivit sa route en Toscane, Émilie-Romagne et Vénétie avant de toucher l’Autriche puis la Slovénie et de s’affaiblir enfin au-dessus de la Tchéquie. Entre 12 et 15 morts selon les sources et une centaine de blessés sont à déplorer.
Ce phénomène s’est développé depuis une situation orageuse plus classique entre la Catalogne espagnole et les Baléares durant la nuit. Météo-France a déclenché une vigilance orange moins d’une heure avant que l’île ne soit frappée. L’organisme justifie cette alerte très tardive par le fait que la prévision n’était pas possible [2].
Il ne s’agit pas ici de faire un procès, surtout qu’il est toujours facile de critiquer après l’évènement à coup de « c’était visible plusieurs heures avant que ça allait dégénérer ! ».
Les simulations numériques des modèles de Météo-France évoquaient la possibilité d’orages violents, sans toutefois allaient jusqu’à un derecho de cette ampleur. De plus, elles simulaient majoritairement une trajectoire en mer, entre la Corse et le continent, ne touchant que marginalement les côtes nord-ouest de l’île.
Plusieurs spécialistes ont repris la prévision a posteriori à partir des observations de l’AEMET (la météorologie espagnole), des satellites et des analyses numériques. Ils ont indiqué que deux clusters de trajectoires étaient identifiables dès le milieu de nuit, l’une au nord, en mer, qui fut privilégiée par Météo-France, un autre plus au sud frappant directement la Corse. De plus, le développement particulièrement suspect de la ligne orageuse était visible sur les images satellites tout au long de la seconde partie de la nuit.
La vigilance orange aurait ainsi pu être émise plus tôt et le passage en vigilance rouge une fois le derecho et sa trajectoire confirmés.
Toutefois, le déclenchement d’une telle vigilance en pleine nuit aurait-elle eu un impact suffisant ?
Bien sûr, la prévision d’un tel évènement à partir de l’observation n’est à la portée que de spécialistes aguerris. Elle demande aussi une présence et une disponibilité (astreinte) heure par heure et l’accès temps réel à toutes les données nécessaires. L’exemple montre la nécessité de passer par l’observation, si ce n’est pour identifier un risque potentiel, une zone à surveiller « au cas où ».