Accueil > Bulletins > Prévisions > courts, moyens ou longs termes > La cloche hivernale

La cloche hivernale

mardi 27 octobre 2026, par sb

Cet été, nous avons pu observer très longuement les effets d’une cloche estivale. Des canicules / vagues de chaleur répétitives et une sécheresse historique dont les effets persistent encore sur de nombreuses régions. Quels résultats en hiver (ou en automne) ?


  • Avant de répondre, quelles prévisions ?

– des températures fraîches, sinon dans les normes. Pas de grand froid toutefois.
– des voiles nuageux peu épais et de belles éclaircies.
– des brouillards ou des nuages bas (stratus), principalement dans le nord-est, Rhône-Alpes, l’intérieur du sud-ouest.
– pas de pluies, sinon de l’instabilité sur PACA et Corse éventuellement.
.


  • Une cloche hivernale

Une cloche anticyclonique, comme son nom laisse suggérer, est une configuration anticyclonique de la surface à la haute altitude avec de l’air anormalement chaud en altitude. Cela forme un blocage : la circulation tempérée habituellement d’ouest vers l’est et ondulant légèrement devient atypique. L’écoulement est inhabituel et surtout suit des trajectoire stables dans le temps. Les blocages fournissent des échanges méridiens (entre tropique et pôle et entre pôle et tropique) durables.

Simulation de la configuration atmosphérique en moyenne troposphère pour les 180 prochaines heures sur le quadrant euro-atlantique, selon le modèle GFS cycle 12z. Plusieurs advections subtropicales se cumulent sur l’est de l’Atlantique et l’Europe occidentale, atteignent l’Arctique et forment un blocage.

Des ondes de Rossby, caractéristiques fondamentales de l’atmosphère, initient cette structure. Les advections subtropicales de plus en plus nordiques finissent par s’isoler sur des latitudes anormalement nord. De l’air subpolaire glisse sur le flanc oriental (échange méridien) et vient transiter sur des latitudes anormalement sud. L’édifice se stabilise et peut ainsi durer plusieurs jours, voire deux ou trois semaines.

Diagramme de Hovmoller pour les anomalies moyennes entre 35° et 60°N de la hauteur du géopotentiel à mi-troposphère. En rouge, les anomalies positives, anticycloniques, en bleu, les anomalies négatives, dépressionnaires.
En abscisse, la longitude, en ordonnées, les jours, avec 10 jours d’analyses, au-dessus du trait noir, et les prévisions, en-dessous.
Les trois lignes bleues sont ajoutées par moi-même.
© ECMWF

Cela peut paraître complexe mais pas tant que ça. Ce type de diagramme permet de suivre l’évolution des conditions météorologiques moyennes au fil du temps.
Pour chaque longitude est calculée l’anomalie moyenne entre 35°N et 60°N, soit grosso modo entre le tropique nord et le cercle polaire nord. Si l’anomalie est négative (bleue), la moyenne est dépressionnaire vis-à-vis de la climatologie, si elle est positive (rouge), la moyenne est anticyclonique.
Le passé est en tout haut, le présent est sur la ligne horizontale noire, le futur est en dessous, le futur le plus éloigné étant tout en bas.
Les couleurs grises montrent la dispersion des scénarios autour de cette moyenne. Plus le gris est fort, plus la dispersion est grande et donc plus l’incertitude est importante (les scénarios s’écartent fortement les uns des autres).

En partant de là, on suit le déplacement de ces éléments structurant l’atmosphère : ceux-ci se déplacent dans le cas général d’ouest en est, donc de gauche à droite et du haut vers le bas (passé > présent > futur).
Les lignes bleues que j’ai ajoutées matérialisent des ondes de Rossby : alternance de conditions anticycloniques et dépressionnaires, de rouge et de bleu.
Cela finit par créer une zone rouge durable (une dizaine de jours sur cette simulation) autour de la ligne noire grasse verticale en pointillé (le méridien de Greenwich). C’est ce blocage.

  • Les vents? dans un anticyclone

Au sein d’un anticyclone, les vents synoptiques (de grandes échelles) sont généralement lents. Des effets locaux, comme du relief, peuvent les accélérer.
Ils tournent autour du centre de l’anticyclone dans le sens des aiguilles d’une montre.

Dans la configuration prévue, en latitude (plages de couleur de la première animation), le vent à une orientation nord ou nord-est. Mais il est peu profond, c’est-à-dire qu’il ne parcourt par une grande distance dans cette même direction. Au contraire, la cellule de hautes pressions vient de régions subtropicales et le vent ferait à peine le tour de l’Écosse. C’est donc de l’air subtropicale qui s’est élevé au mieux vers l’Écosse et qui redescend. L’air en altitude serait encore bien doux.

En surface, la pression est matérialisée par des isolignes blanches (isobares). Le vent serait globalement de nord sur le nord-est, variable sur le sud-est, d’est ailleurs. Sa vitesse serait faible, en raison des gradients de pression se relâchant.
L’air serait donc peu brassé.

  • Des nuits plus longues

Des voiles nuageux en altitude pourront survoler le pays. Suivant leur épaisseur, ils pourront réfléchir vers le sol une fraction plus ou moins importante du rayonnement infrarouge terrestre. Ce rayonnement est issu de la surface vers l’espace : la chaleur du sol emmagasiné lors de la journée additionnée de la chaleur résiduelle de l’intérieur de la Terre qui monte jusqu’à la surface.

Les nuits étant plus longues, le sol a plus de temps pour se refroidir et, par là-même, pour refroidir les premières diazines ou centaines de mètres d’air. C’est d’autant plus vrai que la nuit est calme, sans vent car sans brassage de l’air.
Ainsi, si le voile nuageux est dense, une plus forte proportion du rayonnement sera redirigée vers le sol, la température baissera moins ou peu. Si le voile est ténu, une petite portion du rayonnement sera réfléchi, les températures baisseront davantage.

Plus les températures baisseront, plus le risque de brouillard ou de stratus tenace augmentera.
Plus l’air est froid, moins il peut contenir de vapeur d’eau, l’excès se condense alors en gouttelettes d’eau.

Enfin, de l’air chaud en altitude, de l’air plus frais en basses couches, l’édifice vertical est stable. Il y a peu de convection sinon aucune, limitant le brassage.
En cette fin octobre, nous sommes encore en saison intermédiaire. Le froid est modéré. « Un temps de Toussaint ».
Au cœur de l’hiver, ce type de configuration produirait un froid mordant en plaines, des brouillards givrants toute la journée et une grande douceur ensoleillée en montagne.

  • Pluies ?

Hélas non. Un anticyclone, au sol et en altitude, inhibe les ascendances? et les possibilités de pluies. Le temps serait sec une semaine à dix jours au moins, probablement quinze.
Seuls l’extrême sud-est et la Corse pourraient bénéficier d’instabilité grâce à de l’air froid en altitude rendant la convection possible surtout avec une Méditerranée encore bien douce.