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Prévisions des vagues de chaleur en Europe
mercredi 4 mars 2026, par
Les modèles numériques de prévisions du temps ont parfois des difficultés à simuler correctement les vagues de chaleur sur l’Europe. Deux études sont parues début 2026 sur Nature. Sur des axes différents, elles approfondissent l’impact de l’humidité sur la circulation atmosphérique et sur les conséquences en termes d’évènements thermiques extrêmes. En voici un résumé personnel.
L’humidité des sols
La première [4] aborde les interactions humidité du sol - température de surface, humidité du sol - précipitations et enfin humidité du sol - circulation et dynamique atmosphérique.
L’échange d’eau et de chaleur entre le sol et l’atmosphère dépend fortement de l’humidité du sol.
L’évaporation en est le principal vecteur. Deux boucles principales de rétroactions sont documentées :
- humidité du sol et température de surface :
lorsque la température du sol s’élève, la quantité d’eau évaporée s’élève aussi, ce qui réduit bien sûr la quantité restante dans le sol. En-dessous d’un certain seuil, l’évaporation est limitée, freinant dans le même temps le refroidissement près du sol (l’évaporation est un processus endothermique, c’est-à-dire qui absorbe de la chaleur présente dans l’environnement, NDLR). Ainsi, la chaleur près du sol augmente, élevant le flux de chaleur sensible, vers les couches supérieures de l’atmosphère. Le seuil de condensation devenant plus haut (plus l’air est chaud, plus il peut contenir de vapeur d’eau avant de condenser l’excès), la couverture nuageuse diminue pour accroître le rayonnement solaire à la surface, amplifiant le processus.
- humidité du sol et précipitations au sol :
Les précipitations augmentent l’humidité du sol, ce qui augmente les possibilités d’évaporation, favorisant un refroidissement relatif et une humidification de l’air gagnant des couches supérieures. La formation des nuages est ainsi renforcée et, in fine, la quantité de précipitations reçues.
D’autres études ont démontré l’importance de l’humidité du sol dans la promotion et la prolongation de sécheresses et de vagues de chaleur, aussi bien localement qu’à distance.
De plus, la circulation et la dynamique atmosphérique à grande échelle influe sur ces évènements. Or, il apparaît que le taux d’humidité du sol influe, localement et à distance, sur cette circulation et cette influence finit par majorer l’anomalie au sol.
Lorsque l’humidité du sol est durablement basse, le courant-Jet? serait renforcé vers le nord de l’Eurasie et, sur l’Atlantique nord, il s’orienterait davantage sud-ouest > nord-est (autorisant ainsi les advections subtropicales sur l’Europe). Des ondes stationnaires sont présentes.
En effet, effets locaux et à distance se combinent. Dans ce forçage « sec », le réchauffement latent diminue alors que le réchauffement sensible augmente dans un premier temps à échelle régionale puis, à distance, il y a formation de nuages, précipitations, divergences atmosphériques et finalement changements des vents?.
Ces anomalies durables de l’humidité des sols agissent comme forçages à grande échelle. Une fois transmise à la circulation hémisphérique, ces évènements peuvent s’amplifier l’un l’autre.
Les auteurs notent une asymétrie dans les conséquences : une anomalie sèche du sol influence plus fortement la dynamique générale qu’une anomalie humide du sol.
Les auteurs mentionnent qu’une expérimentation sur plusieurs modèles consoliderait les conclusions et pourrait apporter une meilleure compréhension des processus physiques sous-jacents, notamment les liens entre effet local et effet à distance. Ils suggèrent en outre d’étudier l’incidence de l’humidité des sols au printemps sur les épisodes de canicules estivales [5].
Les anomalies froides de l’Atlantique nord
La seconde [6] aborde le sujet de l’impact d’eaux anormalement froides sur le nord de l’Atlantique.
Des eaux anormalement froides dans le nord de l’Atlantique, qui se refroidissent un peu plus sur une courte période, favoriseraient une crête anticyclonique sur l’Europe accompagnées d’une chaleur anormale / canicule.
Ces eaux plus froides joueraient aussi un lien dans les blocages hivernaux européens, pas toujours bien appréhendés dans les simulations.
Des conditions baroclines anormalement fortes sur des latitudes plus basses ( 45/50°N), suggérant des cyclogénèses plus actives, entraîneraient une intensification et une résistance accrue de la crête d’altitude sur l’Europe 5 à 7 jours plus tard.
Les auteurs de l’étude pointent les biais systémiques des modèles, principalement la résolution insuffisamment fine du sous-modèle océanique utilisé par les modèles globaux. La résolution trop grossière impacterait l’interprétation correcte des tourbillons océaniques dans le calcul. En cascades, cette sous-évaluation impliquerait une activité barocline réduite et une évaporation sous-évaluée, rendant le couple dépression - anticyclone moins stable dans le temps.
Cette faiblesse de l’évaporation fournit une chaleur latente? moindre et donc une libération de celle-ci en-deça de l’observation, affectant en retour les phases des cyclogénèses et la baroclinie en général.
In fine, le couple creux sur l’océan - crête sur le continent est affaibli dans les simulations par rapport à la réalité observée.
Le creux océanique précéderait toujours la crête continentale, avec une forte dépendance, pour le timing, à la physique du modèle (les modèles ne donneraient pas le même timing mais tous verraient l’élévation de la dorsale).
Les auteurs indiquent qu’une meilleure prévision de ces types d’épisodes passe par une résolution plus fine des données océaniques pour un couplage plus efficient avec l’atmosphère. Il est à noter, qu’outre l’intensité de la chaleur, sa durée serait aussi bien mieux représentée par une résolution océanique plus fine. L’article suggère un gain double (intensité x2, durée x2), soit nettement plus proche des valeurs observées.
L’expérimentation réalisée montre que c’est la résolution océanique plus fine qui apporte le gain de prévisions, une résolution atmosphérique plus fine n’a pas d’impact particulier.
Évidemment, un Atlantique nord plus frais que la normale n’implique pas automatiquement une vague de chaleur. L’article porte sur l’amélioration de la prévision des vagues de chaleur en Europe.
Conclusion
Conclusion toute personnelle : ces deux études offrent un vecteur pédagogique pour les amateurs curieux comme moi, au-delà de l’apport scientifique à la communauté.
La première explique et reformule clairement les étapes des boucles de retro-actions. Certains aspects sont plus techniques mais demeurent compréhensibles dans leurs grandes lignes. Elle relativise non pas la réalité du réchauffement climatique mais sa contribution aux évènements extrêmes canicules et sécheresses. Elle apporte en outre des éléments à intégrer et recouper pour l’analyse lors de l’élaboration de prévisions saisonnières.
L’aspect technique de la seconde n’est pas évident à suivre mais elle offre aussi un regard sur les modèles, leurs forces et faiblesses grâce à cet exemple de situations spécifiques. Devant des souhaits naturels et légitimes (quelles températures chez moi ces prochains jours ou mois ?), la complexité à modéliser l’atmosphère apparaît, les choix réalisés, leurs biais systémiques relativisent les simulations. Finalement, les modèles sont bien une aide à la prévision, l’observation, l’analyse et l’expérience humaines restent primordiaux.
Ce sont ces apports que je trouve intéressant dans de nombreuses publications. Ces études scientifiques suffisamment accessibles aux profanes curieux, en accès ouvert, retrouvent cette dimension de transmission de la Science vers les citoyens et la société en général.
Note : à quelques détails près, j’avais rédigé le résumé de la seconde étude un peu plus tôt sur le forum d’Infoclimat
[1] Première étude : https://www.nature.com/articles/s41... : The role of soil moisture on summer atmospheric circulation climatology in the Northern Hemisphere
[2] https://www.nature.com/articles/s41... : Summer atmospheric drying could contribute more to soil moisture change than spring vegetation greening
Un taux de verdissement anormalement élevé de la végétation influe sur l’humidité des sols, les plantes puisant davantage d’eau. Cependant, la transpiration cumulée augmente bien que la pression de vapeur d’eau diminue avec le réchauffement global. Cette étude tente d’apporter quelques réponses.
[3] Seconde étude : https://www.nature.com/articles/s43... : Improved European heat event simulation in eddy-resolving climate models
[4] Première étude : https://www.nature.com/articles/s41... : The role of soil moisture on summer atmospheric circulation climatology in the Northern Hemisphere
[5] https://www.nature.com/articles/s41... : Summer atmospheric drying could contribute more to soil moisture change than spring vegetation greening
Un taux de verdissement anormalement élevé de la végétation influe sur l’humidité des sols, les plantes puisant davantage d’eau. Cependant, la transpiration cumulée augmente bien que la pression de vapeur d’eau diminue avec le réchauffement global. Cette étude tente d’apporter quelques réponses.
[6] Seconde étude : https://www.nature.com/articles/s43... : Improved European heat event simulation in eddy-resolving climate models